Folle Journée de Nantes 216 (2) : Les tambours du Burundi, le temps de vivre

Nous mourrons bien assez tôt et ceux qui vouent un culte à l’issue fatale font bien assez de bruit, alors c’est un devoir de prendre plaisir au déluge de sons offerts par les Tambours du Burundi qui ouvrent notre Folle Journée par leurs acrobaties et leurs chants et leurs rythmes à la récolte, aux semailles, à la vache…

La joie des percussionnistes et des chanteurs danseurs se répand dans la foule du petit matin surtout composée d’enfants sages et de retraités à l’oeil vif. Le temps de vivre est célébré par la troupe qui arbore les couleurs du drapeau d’un pays où le gouvernement massacre actuellement ses opposants dans l’indifférence quasi-générale. Les tambours résonnent aussi à la fin des Sept samouraïs d’Akira Kurosawa lorsque les paysans peuvent enfin oublier leurs agresseurs et leurs défenseurs privés d’utilité en temps de paix. Où l’on se plaît à rêver du moment où le rythme des tambours aura remplacé la litanie des sirènes à Paris et ailleurs.

Folle Journée de Nantes 2016 la nature, jusqu’au 7 février

Chocolat de Roschdy Zem : des claques au déclic

Le plaisir de voir le beau visage d’Omar Sy en couverture des magazines à la place des vendeurs de haine de toutes les couleurs est la meilleure nouvelle cinématographique de ce début d’année, alors goûtons l’extension du plaisir en quelques bottées de cul jusqu’à ce que le clown noir qui les reçoive appelle à la tendresse.

Chocolat donc, clown né à Cuba, qui fit rire le tout Paris avant la Grande guerre avant de sombrer dans l’oubli, fait l’objet d’un scénario adapté d’une pièce écrite par le grand sociologue de l’immigration Gérard Noiriel. Le généreux Roschy Zem en cinéaste cette fois réunit avec talent des personnes issues d’univers très différents, du célèbre Omar Sy au comédien fétiche de Claire Denis, Alex Descas, compagnon de cellule appelant à la révolte des nègres, du comédien de spectacle vivant James Thierrée qui a retrouvé l’inspiration après l’un de ses derniers spectacles consacré à la misère de l’artiste sans sujet, à Alice de Lencquesaing sortie des sphères des poèmes nébuleux de Mia Hansen-Love.

Le scénario invente une porte de sortie au comédien qui rêve d’être reconnu comme un artiste, tel Omar Sy passé de l’humour post-colonial du SAV où il décline tous les clichés sur l’immigré africain à Paris, à de beaux rôles du cinéma contemporain et aux portes de Hollywood où il se réjouit d’être considéré avant tout “comme un Français”. Raphaël Padilla se voit confier le rôle-titre d’Othello au Théâtre Antoine où il fait un four, le bourgeois criant à l’imposture. Dur dans le pays des universaux (droits de l’homme, etc.) de représenter le particulier, en tout cas plus dur qu’en Angleterre où le rôle-titre de la pièce de Shakespeare est tenu par un noir depuis 1825.

Roschy Zem rappelle qu’il n’existe pas de cinéaste sérieux qui ne soulève la question du désir du visage de l’Autre. L’on peut se contenter de moindre ambition, mais il vaut mieux dans ce cas se passer de caméra.