Louise Wimmer de Cyril Mennegun : L’éloge ment

Louise Wimmer : photo Cyril Mennegun

Nous vous écrivons depuis la troisième cinématographie au monde après l’Inde et les Etats-Unis, où dans la plupart des 200 films produits chaque année le logement va de soi : spacieux, confortable, sociologisé (affiche de film d’action pour les adolescents, masque africain pour les classes moyennes, toile de maître pour les riches de droite, d’art abstrait pour les riches de gauche, etc.). Dans Louise Wimmer, premier film de Cyril Mennegun, point de logement. C’est une femme que l’on imagine avoir été comblée avant de devenir travailleuse pauvre, cette plaie du monde moderne qui ressemble à celle du début du XXe siècle dont parle l’historien du logement social Patrick Kamoun dans Hygiène et morale, la naissance des habitations à bon marché, où l’on découvre des cartes postales montrant des ouvriers parisiens recevant la soupe et le gîte (où ils dormaient assis sur un banc) pour quelques centimes. Justement, Louise Wimmer raconte la conquête d’un logement social pour retrouver sa dignité, pouvoir parler sans honte de sa vie à sa fille et la serrer dans ses bras, sortir de la spirale de la galère et des petits larcins (siphonner l’essence dans les camions garés sur les aires d’autoroute, prendre la place d’une cadre pressée dans les restaurants où le buffet est illimité…). Corinne Masiero soulève ce personnage de battante qui se jette à corps et à cri dans sa survie, en quête de rut et de filiation, cousine de la Sue perdue dans Manhattan d’Amos Kollek qui aurait décidé de se battre plutôt que de renoncer. Cyril Mennegun a l’intelligence de l’entourer de beaux personnages secondaires servis par des comédiens trop rares au cinéma (Jérôme Kircher, Marie Kremer qui a la plus belle collection de grains de beauté de l’histoire du cinéma, Anne Benoît). Polar social, Louise Wimmer est un film en colère, pléonasme pour parler d’un film tout simplement. C’est sur ce film en orbite par rapport à ce que l’on voit trop souvent sur la misère, la féminité et la diversité, que nous sommes fiers d’ouvrir l’année de Cinéma dans la Lune. Louise Wimmer – trailer par hautetcourt

Bonne année de cinéma 2012 avec Louise Wimmer

Louise Wimmer : photo Corinne Masiero, Cyril Mennegun

Le très bourgeois cinéma français s’est enfin rendu compte qu’il y avait comme un problème de logement. La preuve dès le 4 janvier avec Louise Wimmer qui rime avec colère, Prix du jury à Belfort, et la même semaine avec Une vie meilleure de Cédric Kahn, avec Leïla Bekhti et Guillaume Canet dans la spirale du surendettement. Pour le cinéma mythologique, qui manque tant dans notre paysage, il faudra attendre la fin de l’année avec De rouille et d’os de Jacques Audiard, avec Marion Cotillard, dans une adaptation des nouvelles de Craig Davidson. D’ici là, notre sympathie pour le très beau moyen métrage Un monde sans femme de Guillaume Brac sera récompensée le 8 février.

America, America qu’ils disaient, dès le 18 janvier avec le premier volet de Millenium de David Fincher, best-seller des éditions Actes Sud, polar gauchiste pour la génération du complot, remake très attendu et sans doute très violent du pâle et télévisuel film suédois tiré de la trilogie, d’autant plus qu’il lancera sur orbite la belle Rooney Mara qui ouvrait comme une déesse grecque The social network. “Ne jamais réaliser de biopic” conseille Almodovar auquel Hoover ne donnera sans doute pas tort malgré notre amitié pour Leonardo di Caprio qui tente le rôle à Oscar. Woody Allen nous fournit son film jazzy annuel avec Nero Fiddled, peut-être hors compétition à Cannes 2012, avec Alec Baldwin, le cinéaste lui-même absent de ses castings depuis Scoop, mais aussi Penelope Cruz et Jessy Eisenberg qui doit survivre à son rôle d’inventeur autiste Aspergher de Facebook.

Le nouveau continent devrait offrir quelques voyages de choix dans l’imaginaire avec The dark knight rises le 25 juillet par le réalisateur des meilleurs blockbusters des années 2000, Christopher Nolan (The dark knight, Inception), avec Peter Jackson qui quadrisse Tolkien avec Bilbo the Hobbit en décembre. Ridley Scott s’est-il souvenu qu’il faisait du cinéma avant de devenir un publicitaire bien peigné ? Réponse le 30 mai avec Prometheus d’une ambition kubrickienne.

Enfin, Jacques Lacan tu nous tiens dès le 11 janvier avec l’une de ses phrases slogans, Il n’y a pas de rapport sexuel de Raphaël Siboni d’après les rushes des films pornographiques arty de HPG. Toute l’équipe de Cinéma dans la Lune vous souhaite une bonne année de cinéma 2012.

Louise Wimmer – trailer par hautetcourt

MILLENIUM ‘Les hommes qui n’aimaient pas les… par baryla