Filmer L’or de leurs corps à Rosny-sous-Bois (7) : se méfier de la première impression (c’est la bonne)

Oscar Wilde avait raison qui invitait à se méfier de sa première impression. L’or de leurs corps devait être une histoire de fille comme nous y invitait le tableau de Gauguin et cet immense territoire artistique qui s’ouvre à nous des jeunes filles qui vivent en périphérie de la ville la plus enviée du monde.

Il a fallu après une défection se mettre au travail rapidement pour redistribuer les rôles du film et relancer la machine à imaginer. C’est chose faite grâce aux idées des élèves. L’histoire se déroulera autour du drame vécu par une jeune fille du collège et des pouvoirs que cet événement lui conférera.

Plutôt que de sociologiser la banlieue et d’en faire un territoire de fantasme politique, nous en ferons le lieu de l’étonnement devant le pouvoir des élèves du collège de Rosny-sous-Bois, de leur capacité à multiplier les billets jusqu’à la possibilité de marcher sur l’eau, ce qui soit dit en passant, n’est pas donné à tout le monde. Qui sera prêt à s’étonner avec nous en venant chercher autre chose que la dialectique de la violence et de l’intégration ?

Filmer Cosi fan tutte aux Pavillons-sous-Bois (8) : Danser avec Mozart

Puisque le meilleur de nous s’appelait Charlie Chaplin, mettre en scène une adaptation de l’opéra le plus mésestimé de Mozart, Cosi fan tutte, c’est revenir aux sources du cinéma, en l’occurrence le muet, qui imposait de raconter un film par l’image en se passant au maximum du texte.

La séquence d’ouverture de l’opéra dure près de quatre minutes. Le film ouvrira comme L’or de leurs corps film à Rosny, dans la cour de récréation du collège, lieu d’apprentissage des méandres de l’amitié, de la séduction et de la rivalité, où les filles se tiennent par la main et les garçons se bousculent pour éprouver leur virilité, dernier lieu d’enfance avant le grand saut dans les préliminaires de l’âge adulte au lycée.

Si le climat nous le permet, nous commencerons à tourner le 18 novembre les scénettes d’ouverture à partir des séquences préparées par les élèves : trois ou quatre garçons faisant successivement la bise à quatre filles assises côte à côte, les garçons jouant au foot avec une balle de tennis avant de se faire gronder par le surveillant, une fille qui deviendra peut-être un garçon, embêtant une plus grande qui reste placide quelque temps avant d’être corrigée, un garçon tyrannisant un autre avant l’arrivée d’un plus fort, etc. Et merci Mozart de nous avoir offert un terrain aussi fertile au jeu d’acteur et à la rencontre de la trivialité et de la très grande culture.

Il était une fois en Anatolie de Nuri Bilge Ceylan : traité de miséricorde

Il était une fois en AnatolieIl était une fois en Anatolie prouve de nouveau que nous sommes avec le cinéaste turc Nuri Bilge Ceylan face au plus grand réalisateur métaphysique depuis les grandes heures de Wim Wenders.

Il était une fois en Anatolie, premier film tourné en numérique par le cinéaste sans doute pour obtenir une image composite de ses longs tournages de nuit, suit le travail d’une équipe de police accompagnée d’un procureur et d’un médecin légiste pour rechercher le corps de la victime d’un meurtre passionnel.

Nuri Bilge Ceylan s’est imposé avec Uzak, Les climats et Les trois singes comme un grand cinéaste de la miséricorde, ou de la sensibilité à la misère d’autrui, misère sociale du cousin du héros stanbouliote dans le premier, dénuement de la femme désireuse d’enfant face à un homme effrayé par la perspective dans le second, solitude et désarroi des habitants du centre de la Turquie, éloignés des centres touristiques et du rêve européen, dans son dernier film. La référence du titre au film de Sergio Leone se trouve sans doute dans ce portrait de son beau pays écartelé entre son désir et son rejet de l’Europe, comme le grand pays de pionniers bâti sur l’oubli du continent européen.

L’enquête croise deux histoires de mort violente. La première est celle commise par deux hommes sur un troisième qu’ils ont enterré dans un champ, apparemment un personnage odieux décédé d’une mort abominable révélée dans les dernières secondes du film. La seconde est la prise de conscience du vieux beau de procureur dont la femme ne serait peut-être pas morte brutalement, mais aurait voulu le faire souffrir pour se venger.

Cette double histoire de vengeance bercée par le vent des plaines d’Anatolie et la vision d’un ange qui semble sortir de Georges de La Tour élève les petits péchés humains au rang de tragédies (le procureur coureur est rattrapé par sa prostate qui lui impose d’uriner six fois de suite durant la nuit, le commissaire s’en prend à son fils malade pour justifier son incapacité à quitter la région…), tout en posant un regard plein de commisération et de tendresse sur ses héros, pris la main dans le sac, comme ce sous-officier un peu fort qui passe son temps à voler des légumes et ces hommes solitaires saisis par l’apparition d’une jeune femme. Nuri Bilge Ceylan apporte une bonne nouvelle sous forme de tragédie grecque : les anges sont parmi nous.

Il était une fois en Anatolie Bande annonce du… par LE-PETIT-BULLETIN