Romeo Castellucci, Bruno Dumont : l’art du sacré et de l’impur contre les intégristes

Des lycéennes BCBG au sac de très grande marque chantent des louanges à la gloire du Christ en se frottant à des CRS qui les écartent du Théâtre de la Ville. La scène serait cocasse si elle ne cachait derrière ce rite initiatique une organisation musclée qui réunit ses fidèles tous les soirs Place du Châtelet à Paris, envoie quelques éclaireurs dans la salle perturber le spectacle (“Halte au blasphème”, “Vive le Christ”, “c’est quoi cette merde devant le visage du Christ ?”), et hue les spectateurs à la sortie.

Une organisation catholique d’extrême-droite, dont il n’est pas difficile de trouver sur internet les messages suant de haine envers les juifs et hurlant à la persécution antichrétienne, a décidé de s’en prendre au spectacle du metteur en scène italien Romeo Castellucci, Sul Concetto di volto nel figlio di Dio, “sur le concept du visage de Dieu”, l’accusant de blasphème envers le Christ.

Ce spectacle court (50 minutes) représente un vieillard atteint de Parkinson qui se vide de ses excréments devant son fils débordé et une reproduction en très grand format du visage du Christ peint par Antonello da Messina (exposé à la National Gallery de Londres). Le dialogue lapidaire et ironique (“enlève ton peignoir/tu sens mauvais/qu’est-ce que t’as mangé ?” pour le fils, “pardonne-moi” pour le père), non-traduit pour le public non-italophone, impose de se focaliser sur ce qu’on voit, en l’occurrence un vieillard aux portes de la mort, dont les entrailles se vident, avant que son fils n’embrasse le visage du Christ qui sera couvert d’encre noire et déchiré pour laisser place à l’inscription “you are (not) my shepherd”, “tu (n)’es (pas) mon berger”. Romeo Castellucci, dont les spectacles sont d’habitude plus obscurs, livre ici des interrogations dont il est surprenant que la simplicité échappe aux extrémistes qui perturbent chaque soir les représentations : sommes-nous prêts à accompagner nos parents jusqu’à leur déchéance ? Qu’est devenu le message d’amour du Christ dans une société qui refuse de voir la déchéance des personnes âgées en fin de vie ? Sommes-nous prêts, nous croyants ou athées vivant dans une culture chrétienne, à accepter l’impureté du message du Christ ?

Romeo Castellucci revendique un théâtre du sacré, au même titre que Bruno Dumont dont le dernier film Hors satan vient de sortir en salle. Les deux artistes non religieux s’intéressent à la représentation de ce qui est digne d’un respect absolu, la déchéance des personnes âgées pour le premier, la dignité d’un SDF pour le second, qui lui donne le pouvoir de sauver les jeunes filles schizophrènes, d’arrêter les incendies et de ressusciter les morts.

Cette présence du sacré dans l’art contemporain ne doit pas être interprétée comme un

retour de la religion chez des artistes aussi éloignés de ce thème. Il est simplement notable de constater que ces deux artistes manient le vocabulaire de la phénoménologie dont le représentant le plus problématique, Martin Heidegger (1889-1976), voyait dans la condition poétique le fait d’être “entouré par le sacré”. National-socialiste convaincu, mais non antisémite (le fait était suffisamment rare pour être remarqué), le philosophe allemand estimait que la philosophie ne pouvait s’exprimer pleinement qu’en grec et en allemand, admirait la poésie de Hölderlin, la peinture de Van Gogh et les soldats de l’armée allemande.

Penser le caractère sacré de l’impureté, telle est la voie qu’ont choisi ces deux grands artistes contemporains que sont Romeo Castellucci et Bruno Dumont pour ne pas laisser le thème aux intégristes qui rêvent d’immaculée conception et de pureté, littéralement ce qui ne contient aucun élément étranger. Bruno Dumont rêve d’un cinéma “du sacré dans le retrait de Dieu”, Romeo Castellucci de “l’épiphanie (apparition) individuelle propre au spectateur. Le sacré est dans la rencontre entre l’image qui n’est jamais donnée et celui qui la regarde”.

“Dieu est mort, tu ne vas pas chercher à le faire revenir ?” me demandait un ami à propos de ma volonté de filmer l’histoire d’un Christ noir à Rosny-sous-Bois. On peut considérer dans notre beau pays laïc que le sacré relève uniquement de la sphère privée, ou juger urgent de s’intéresser à l’impureté du thème, c’est-à-dire d’y accueillir l’élément étranger, afin de ne pas l’abandonner à ceux qui sont prêts à répandre le sang pour le défendre.

Sul concetto di volto nel figlio di Dio de Romeo Castellucci, Théâtre de la Ville puis au Ciné 104

Hors Satan de Bruno Dumont, en salle.

Ici on noie les Algériens de Yasmina Adi : mensonge d’Etat, fracture française

Ici on noie les AlgériensLe 17 octobre 1961 à Paris eut lieu la manifestation la plus violemment réprimée en Europe occidentale au XXe siècle. 30 000 Algériens sur les 150 à 200 000 que comptait la région parisienne manifestent pacifiquement à Paris pour protester contre le couvre-feu et appeler à l’indépendance de l’Algérie. La police, stimulée par le Préfet Maurice Papon sur fond de guerre entre le FLN et les forces de l’ordre, mena une répression impitoyable qui fit plusieurs dizaines de morts le jour même, la plupart jetés dans la Seine ou laissés au bord des chemins, pour un total de plusieurs centaines de victimes algériennes de septembre à octobre 1961 en région parisienne, dans un contexte de durcissement des relations entre la police et le FLN alors que le Général de Gaulle négociait la fin de la guerre. Yasmina Adi a choisi de se focaliser sur les témoins de l’événement plutôt que de contextualiser les faits, ce que lui reprocheront sans doute ceux qui ne manqueront pas de parler de la violence du FLN à l’encontre de la police et des Algériens dissidents. Ici on noie les Algériens recense méthodiquement les faits qui suivirent la manifestation du 17 octobre à partir de témoignages, d’images d’archives, de documents sonores d’actualité et des renseignements généraux, laissant peu de doute sur la violence de la répression. Les femmes algériennes sont nombreuses à parler de la disparition d’un époux le 17 octobre, ou des coups dont leur mari fut victime ce jour-là. Des Algériens racontent leur détention abominable au Palais des Sports de la Porte de Versailles qu’il fallut évacuer afin que s’y produise le chanteur noir Ray Charles (sic). Un membre du personnel médical présent au Palais des sports parle de la vision des cadavres et des coups qui pleuvaient sur les prisonniers. Ray Charles – Hit the road jack par Yannicklord Yasmina Adi focalise son film sur ce fleuve paisible admiré dans le monde entier, la Seine, qui rendit des dizaines de cadavres d’Algériens dans les jours qui suivirent la manifestation. La particularité de l’événement tient moins à sa violence qu’à l’occultation dont il est victime depuis cinquante ans en France. Aucun gouvernement n’a reconnu la responsabilité de l’Etat dans cet événement, ce qui permit à Maurice Papon de parler de montage à propos des photographies par Elie Kagan de victimes de la répression (l’ancien Préfet perdit son procès). Le moindre débat sur la question sent le souffre, comme on a pu le voir au ciné 104 devant l’historien Gilles Manceron et Henri Pouillot du MRAP (auteurs d’un recueil de textes sur le 17 octobre 1961). Le public s’invective sur la responsabilité des personnalités (Charles De Gaulle, Maurice Papon, Michel Debré), des partis politiques (SFIO, PC français), mélange le 17 octobre et Charonne (4 mois plus tard le 8 février 1962, 8 manifestants du PC sont matraqués à mort au métro Charonne). Il ne manquait plus qu’un groupe de pied-noirs pour nous rappeler les violences du FLN et le public en serait venu aux mains. Ici on noie les Algériens remplit sa mission en provoquant le débat dans un pays qui en est privé depuis quatre ans sous prétexte de rejet de la repentance, d’opposition des Français d’origine européenne et des Français d’origine africaine ou musulmane. Ce qui perdra peut-être Nicolas Sarkozy l’an prochain est de s’être trompé d’époque, en croyant que la mise en avant de success stories de noirs et maghrébins français suffisait pour écraser les débats sur la violence de la période coloniale. La France de 2011 ne ressemble pas à celle de 2001. Une génération est en train de créer de nouveaux espaces politiques et artistiques qui ne se satisferont pas du rôle de figuration. Ici on noie les Algériens (17 Octobre 1961)… par toutlecine

Hors Satan : Bruno Dumont, cowboy phénoménologue

Hors SatanLe cinéaste Bruno Dumont fait partie des personnes qui changent l’atmosphère d’une pièce. De grande taille, bel homme, extrêmement cultivé sans écraser l’auditoire de sa supériorité intellectuelle, cet ancien professeur de philosophie occupe une place à part dans le cinéma français, cinéaste de plus en plus abstrait, habitué du Festival de Cannes, qui confesse sa volonté de ne pas occuper une place marginale dans le cinéma, mais dont la forme radicale le destine au circuit des salles art et essai.

Il revient avec Hors Satan en souvenir de Pialat (le cinéaste confesse son admiration pour certains plans de Sous le soleil de satan dans lequel Depardieu traverse la campagne), Bunuel et Ordet (les références cinématographiques ont rarement été plus présentes que dans ce film, du viol en souvenir du Journal d’une femme de chambre à la résurrection en souvenir d’Ordet et de l’oeuvre de Bernanos). Le héros, David Dewaele (vu dans deux précédents films du cinéaste Flandres et Hadewijch), est un ange exterminateur qui sauve son amie de son beau-père qui abuse d’elle, délivre les jeunes filles de la schizophrénie et protège la nature environnant la ville de Boulogne-sur-mer. Bruno Dumont donne des allures de western biblique à cette aventure d’un SDF aux pouvoirs divins évoluant dans une nature enchanteresse, somptueusement éclairée par le chef-opérateur Yves Cape.

Le cinéaste s’en défendra sans doute lui qui met un point d’honneur à ne pas intellectualiser son cinéma, mais son oeuvre a des accents phénoménologiques, si l’on entend par ce mouvement né au début du XXe siècle avec Edmund Husserl, comme l’écrivait Merleau-Ponty, “l’étude de l’apparition de l’être à la conscience”. Bruno Dumont voudrait que l’on s’étonne devant ses films non de ce qu’ils racontent, mais de l'”il y a” sur la toile : il y a de la souffrance à la fin de L’humanité, de la rédemption à la fin de La vie de Jésus et Flandres, de l’altérité dans les trois derniers plans d’Hadewijch, du miracle à la fin de Hors satan.

La place singulière du cinéaste dans le paysage français tient pour beaucoup à cette radicalité, là où ses collègues sont souvent enfermés dans l’impératif du dire, lié au système de financement du cinéma, par note d’intention du réalisateur, du producteur, scénario détaillé, etc., toutes ces pièces qui limitent le champ de liberté au moment du tournage. Mais cette volonté de se démarquer du cinéma à message enferme à notre sens le cinéaste dans une bulle abstraite et contemplative, qui offre de superbes moments de cinéma, mais se fige dans une manière de ne pas vouloir y toucher. A l’inverse, La vie de Jésus était un grand film poétique, mais qui parlait du racisme ordinaire dans un petit village, de même L’humanité qui était un grand film sur l’étranger qui se cache en chacun de nos proches.

Sans doute l’expérience mitigée de son dernier film, Hadewijch, où son regard sur l’intégrisme et le terrorisme était assez maladroit (le thème sied beaucoup mieux au cinéma barbare de Skolimowski et son Essential killing avec Vincent Gallo) l’a amené à privilégier l’abstraction pour Hors Satan, mais ce choix l’isole de ses premiers films qui combinaient le sens de l’épopée au souffle mythologique. J’avais l’impression à la fin de la séance qu’on allait me tapoter sur l’épaule pour me dire :”bonjour Mathieu Tuffreau, nous sommes très contents de te voir, nous sommes tous ici de la même classe sociale. Veux-tu une bolée de cidre ?” Le cinéma est l’aventure des êtres qui tentent de sauter par-dessus leur ombre.

Hors Satan Bande-annonce par toutlecine

Filmer Cosi fan tutte aux Pavillons-sous-Bois (7): Cosi fan tutti

Dans ce laboratoire de la France de demain, le jour où notre beau pays sera libéré de son fantasme gaulois, qu’est la Seine-Saint-Denis, un cinéaste n’a pas beaucoup de pas à faire pour découvrir un nouveau monde, qui n’existe ni dans la fiction, ni à la télévision.

C’est ce monde qui adaptera Cosi fan tutte au collège Langevin-Wallon des Pavillons-sous-Bois, opéra initiatique sous-titré L’école des amants. Comment faire avec des comédiens non-professionnels ? Choisir des visages expressifs et jouer dans la mise en scène sur leur atout majeur : la voix de l’une, les yeux d’une autre, le sens de la comédie d’un troisième, etc. Comment faire passer le manque de technicité dont souffrira un tel projet en raison du manque de moyens ? En s’entourant de bons techniciens, en préférant l’énergie et le contenu à la forme.

Le tournage proprement dit ne commencera qu’après la Toussaint, mais les élèves sont déjà dans leur film. Caroline prend en photo les décors que je n’ai pas le temps de voir à Pavillon : parc de la Basoche, allée de la Tour, stade, Espace des arts, etc. Roseline est prête à embrasser le rôle de Despina/Déborah, servante espiègle des deux belles romantiques de l’opéra, femme courageuse et fière qui en veut aux hommes sans doute après avoir été humiliée par l’un d’entre eux, qui deviendra facilement dans notre histoire le symbole du ras-le-bol des noirs français d’être cantonnés dans les fonctions de ménage et de sécurité. Margaux et Marine joueront Fiordiligi/Flora (sans doute appelée “Fleur de Lys” par Mozart en hommage à Marie-Antoinette qu’il connut enfant à la cour de Vienne, et qui venait de se faire couper la tête) et Dorabella/Bella, David et Julian Frédéric/Franck et Guillaume (Guilelmo), Dylan apportera son ironie à Alfonso. Toute l’équipe de Cinéma dans la Lune vous souhaite de bonnes vacances.

The artist de Michel Hazanavicius : Boulevard du Gré bouscule

The ArtistLe réalisateur de deux des films les plus audacieux du cinéma français des années 2000, la série des OSS 117 avec Jean Dujardin qui secouait en quelques scènes le silence gêné de la comédie française quant au bourbier colonial français, revient avec ce comédien expressif et la compagne du cinéaste en déclaration d’amour pour un film muet et en noir et blanc, hommage aux comédies musicales et au burlesque, the artist.
Le plaisir de la mise en scène et du jeu d’acteur est l’un des plus beaux atouts du cinéaste dans un territoire cinématographique qui sacrifie trop souvent l’un au bénéfice de l’autre. Michel Hazanavicius a le talent pour faire vivre des crétins satisfaits, en l’occurrence George Valentin, vraie fausse star du cinéma muet des années 20, et une jeune Américaine à grande bouche, Peppy Miller (Berenice Bejo) comme les stars de l’époque. Les destins des deux artistes se font miroir sans que les deux n’osent avouer leur désir. Qu’est-ce qui pourra bien réunir ces deux-là que tout oppose, la star du muet qui méprise le bavardage du parlant, et la star du parlant qui se moque des grimaces du muet ? L’industrie du cinéma, lieu de bascule entre la modernisation constante des technologies et le classicisme narratif, offre-t-elle une seconde chance à ses stars déchues ?
Le risque du plagiat est toujours de tourner en rond en se satisfaisant du confort douillet d’un passé idéalisé, ce que les deux OSS, parodie de James Bond franchouillard, évitaient en deux fins qui pulvérisaient l’arrogance des films d’espion (en déclenchant la rumeur de l’homosexualité d’OSS dans le premier, et en invitant les “juifs et les nazis” à se réconcilier dans le second). The artist est un film hommage, où comme dans tout hommage, il est conseillé de couper après avoir pleuré.

Filmer L’or de leurs corps à Rosny-sous-Bois (6) : improviser, réaliser

Voici venu le temps des choix douloureux et imparfaits, mais des choix quand même. Etant donné qu’une fiction se raconte depuis au moins Homère en A veut B (une femme, la gloire, la santé, l’honneur, la richesse), mais C (un rival, le destin, le cloisonnement des classes sociales, la fatalité, la guerre) va tout faire pour l’en empêcher, il fallait trouver A vis-à-vis duquel tous les autres réagiraient, se confronteraient, s’opposeraient…

Nous n’en dirons pas plus afin de conserver encore quelque temps un suspense qui fait la gloire de ce blog en Chine et en Ukraine, sans parler de Hong-Kong ce mois-ci (amis Hong-Kongais, salud !), mais il est plus intéressant de se pencher pour le moment sur cette bataille homérique du scénario de notre film. Le collège Langevin Wallon de Rosny-sous-Bois dessiné par l’architecte Reuven Vardi possède un patio d’inspiration orientale qui sert de terrain de jeu aux collégiens, surtout aux garçons prompts à la lutte physique, les filles préférant la lutte verbale près d’un grand arbre au bord de la voie du RER. Le jeu de balle que pratiquent les jeunes gens se lançant une balle de tennis de part et d’autre de l’escalier ci-joint est très cinégénique. C’est le cadre parfait pour la crise qui commencera notre film, séquence de lancement de l’intrigue autrement appelée dans d’autres manuels de scénario du doux nom de “noeud dramatique majeur”.

Ce sera un mélange de comédie, de drame avec une pointe de fantastique, et il revient à votre serviteur d’éviter que cela devienne comme la casquette de Charbovary “une de ces coiffures d’ordre composite, où l’on retrouve les éléments du bonnet à poil, du chapska, du chapeau rond, de la casquette de loutre et du bonnet de coton, une de ces pauvres choses, enfin, dont la laideur muette a des profondeurs d’expression comme le visage d’un imbécile. Ovoïde et renflée de baleines, elle commençait par trois boudins circulaires ; puis s’alternaient, séparés par une bande rouge, des losanges de velours et de poils de lapin ; venait ensuite une façon de sac qui se terminait par un polygone cartonné, couvert d’une broderie en soutache compliquée, et d’où pendait, au bout d’un long cordon trop mince, un petit croisillon de fils d’or, en manière de gland. Elle était neuve ; la visière brillait.”

Drive de Nicolas Winding Refn : l’enfer des villes onanistes

DriveLos Angeles n’offre comme beaucoup de grandes villes qu’un simulacre de vedettariat (être cascadeur et doubler une star), un simulacre de vie sexuelle (appuyer sur le champignon), un simulacre d’amitié et de famille (aimer la famille d’un autre) : c’est le parcours ahurissant d’un anonyme joué par Ryan Gosling pour Nicolas Winding Refn.
En plus, c’est servi par un grand cinéaste danois, révélé par la trilogie Pusher, consacrée à la mafia de son pays, qui mixait l’ambiance chaotique du Dogme à la violence urbaine et communautaire de Scorsese, puis Bronson et un film de viking un peu Herzog aux petits pieds.
Il compose une nouvelle partition pour son premier film hollywoodien, l’hypnose sensuelle d’un cascadeur qui consacre une partie de son temps à sortir des bandits de leur casse, jusqu’à ce qu’il tombe amoureux de sa belle voisine (Carey Mulligan, l’excellente comédienne d’Une éducation). Le petite amie de cette dernière sort de prison et embarque le chauffeur dans un règlement de comptes au sein de la pègre, menée par l’excellent Ron Perlman (La guerre du feu, Le nom de la rose, Hellboy, etc.).
L’histoire compte ici moins que le portrait d’un enfer doux où tout le monde peut mourir au son d’un moteur bien entretenu et d’un bon auto-radio, enveloppé par la déferlante sonore de la ville, grâce à la meilleure bande-son (hors musique) de l’année. Bienvenue en enfer.


Drive – Bande-Annonce / Trailer [VOST|HD] par Lyricis

Filmer Cosi fan tutte aux Pavillons-sous-Bois (6) : trouver son idiot intérieur

Mettons-nous bien d’accord sur un point : aussi virulentes que puissent être certaines critiques contenues dans ce blog, l’être le plus pathétique à y être nommé n’est que son auteur.

Trouver son idiot intérieur, la quête ultime de la méthode du pédagogue de théâtre Jacques Lecoq, voilà notre nouvelle tâche pour aborder le rivage de Mozart et Lorenzo da Ponte, rire de nos défauts pour accepter de jouer le jeu de la comédie humaine. Margaux, Roseline, Marine et Dylan jouent parfaitement le jeu, chantant en playback sur la voix de Charlotte Margiono et Gilles Cachemaille dans l’enregistrement effectué par Nikolaus Harnoncourt. Les images du film prennent corps, comme dans les plus beaux rêves de cinéastes, filmer l’avènement de l’art chez les comédiens.

Filmer L’or de leurs corps à Rosny-sous-Bois (5) : les rivages du sacré

Nous courons toujours un grand risque en prenant notre caméra : ne filmer que le plan prévu dans le plan de tournage pour raccorder la séquence 31 avec la séquence 32 au lieu de chercher un plan déterminant, des acteurs dont l’histoire n’existe pas encore au cinéma, un cadre approprié pour filmer un mouvement inédit dans l’histoire du cinéma.

Nous voilà au coeur du sujet avec les jeunes gens enthousiastes du collège Langevin Wallon de Rosny-sous-Bois, trouver l’histoire qui allie du drame à la comédie et au fantastique pour se soulever de terre et faire du cinéma plus grand que la vie tout en restant dans le cadre contraint par l’exercice d’un collège et ses environs. Alors au son, puisqu’ils se sont proposés : Haris et Houcem. A l’image pour leur oeil, Rayan et Damien. Assistantes réalisateur pour leur enthousiasme : Hadjir et Kenza. Scripte pour son sens de l’observation : Nadège. Dans les premiers rôles pour leur sens du jeu, dans tous les sens du terme : Anaïs, Asma, Emily, Sidy et Yoann. Il n’y a plus qu’à se mettre d’accord sur la caméra du tournage avec Jean-Baptiste Gerthoffert, demander le conseil de Dimitri Haulet au son, et en route !

Un été brûlant : Philippe Garrel est mon Verneuil

Un été brûlantLa prophétie de François Truffaut s’est réalisée : Philippe Garrel est devenu le Verneuil de quelqu’un. Le cinéaste écrivait à l’époque de la sortie de La nuit américaine : “Puisque nous aurons toujours un gauchiste sur notre gauche et un Verneuil sur notre droite, j’accepte tous les jugements qui me situent au milieu du gué. Robert Wise est le Verneuil de Verneuil, Verneuil et mon Verneuil, comme je suis le Verneuil de Godard qui est le Verneuil d’Eustache qui est le Verneuil de Garrel qui deviendra bien à son tour le Verneuil de quelqu’un – je le lui souhaite car cela voudra dire que ses films superbes sont enfin distribués normalement”.
Philippe Garrel donc sort Un été brûlant avec deux stars internationales, Louis Garrel et la sublime Monica Bellucci, dans un film au budget confortable par les temps qui courent de 3,1 millions d’euros. Ses personnages ont changé de standing : ils roulent en BM comme dans de mauvais clips de rap et vivent dans d’immenses penthouses romains munis d’une piscine. Bien sûr, ils invitent leurs copains bobos parisiens et communistes, ce qui donne droit à quelques dialogues inanes sur la différence entre l’amour et l’amitié, la violence des révolutions, et un florilège de répliques faussement engagées (“il déchira religieusement la bible d’Angèle”, “salaud de Sarko”, etc.).
Mais ces défauts seraient un moindre mal s’ils servaient autre chose que la haine de soi du bourgeois rongé par la culpabilité d’avoir été moins courageux que son père Maurice Garrel, très grand comédien et courageux résistant, qui apparaît une dernière fois dans ce film. Depuis trois films, Philippe Garrel filme le suicide d’un dandy joué par son fils qui se plaint de la politique du gouvernement sans offrir une ligne de dialogue à un noir ou un maghrébin, ceux-là mêmes qui rêveraient de sortir de la dialectique brûleur de voiture (cinéaste de droite)/sans papier (cinéaste de gauche). Une seule bonne nouvelle : j’ai trouvé mon Verneuil.


Un Eté brûlant Bande-annonce par toutlecine