Filmer Cosi fan tutte aux Pavillons-sous-Bois (5) : Wolfgang Amadeus Coen

Nous y voilà. La courageuse Joëlle Dinot-Smadja nous a permis d’avancer à grands pas avec ces jeunes gens qui vont s’habiller dans le costume des personnages de Lorenzo da Ponte et Wolfgang Amadeus Mozart.

Les filles se lâchent, Margaux, Aïcha, Caroline, Roseline, Marine, ont du répondant pour improviser des scénettes qui nous mèneront vers les personnages. Les garçons commencent aussi à se détendre et à prendre plaisir au jeu : les deux David, Julian, Dylan, Nikenson, Smaïn ont des idées, des rêves et de l’imagination.

Une fois de plus, je convoquerai mes frères Coen (No country for old men, A serious man, True grit) pour filmer tant leur univers raconte le grand écart entre la modestie de notre réalité et l’immensité de nos aspirations.

Filmer L’or de leurs corps à Rosny-sous-Bois (4) : la banlieue, combien de divisions ?

Nous voilà à la recherche du rapport de force à la base de tout scénario : entre sexes, classes sociales, générations, quartiers, territoires, religions, sexualités, pays, ethnies, etc.

Nous sommes dans un territoire qui n’existe que très peu dans le cinéma français, obnubilé par la capitale et les canailles. Ces jeunes gens ont pourtant autant droit à leur mythologie que les bobos de Christophe Honoré et les hypokhâgneux d’Arnaud Desplechin (nous citons deux cinéastes que nous admirons pour éviter les coups de coude complices satisfaits de leur inculture).

Voilà, que se passe-t-il quand on a 14/15 ans dans ce territoire vierge cinématographiquement où nous ne voulons plus être considérés comme des immigrés en difficulté ou des objets sociologiques, mais des habitants de ce pays à part entière ? Il faut chercher dans la mélancolie de Sidy racontant la perte d’une grand-mère, la douleur d’Asma d’être sujet de moqueries des abrutis, le refus d’Emily d’être à l’origine d’une rumeur, ou l’aisance de Yoann pour jouer son père inquiet de voir son rejeton partir en soirée, le début de l’histoire qui nous occupera comme un squelette de poisson (la métaphore est de Françoise Martin : une histoire doit avoir une queue, une tête et des arêtes). L’Iliade de la banlieue a été jusqu’alors plutôt bien représentée (La haine, Un prophète…). Qui en racontera L’Odyssée ?

L’art d’aimer d’Emmanuel Mouret : la fessée du désir

Bien malin qui saurait dire ce qui dans la fessée tient de la punition et du plaisir pour celui qui l’administre, comme du désir qui empêche de dormir et coupe l’appétit tout en donnant l’impression de vivre plus intensément notre minuscule part d’infini.
L’art d’aimer d’Emmanuel Mouret poursuit la farandole créée en quelques films par ce dernier sur les intermittences du coeur et le plaisir du désir, de la simple contemplation à la caresse rutale (de l’ancien français rut).
L’on y danse, l’on y danse dans cette ronde moderne placée sous le patronage du Romain Ovide (-43, 17) où des individus vivent comme ils peuvent les tensions de la monogamie. Ariane Ascaride expliquant avec tendresse et mélancolie son désir d’adultère à son mari consentant (Philippe Magnan) qui jouera le jeu de son amant. Frédérique Bel compose de film en film chez le Sieur Mouret un personnage inédit dans la comédie française, Pierrote lunaire et sensuelle qui émoustille son voisin (François Cluzet, qui atteint la perfection dans les rôles de crétin depuis Quatre étoiles) jusqu’à le faire brûler de désir. Judith Godrèche dont le couple est au point mort avec Louis-Do de Lencquesaing, que l’on n’arrête pas de voir depuis Le père de mes deux enfants, arrange le coup entre Julie Depardieu et Laurent Stocker non sans rêver d’y mettre le nez (je dis nez car des dames lisent le blog, mais il y a bien d’autres mots pour parler de la chose). Heureusement, Emmanuel Mouret promettait au public bienheureux du Ciné 104 en présence de son producteur, distributeur et exploitant, preuve du talent et de la sympathie du bonhomme, d’aborder sous peu les rivages de Marivaux.
Adepte de la magie comme Woody Allen dont il a tenté de retrouver la lumière d’Annie Hall avec son chef-opérateur Laurent Desmet, des contes moraux et coquins comme Eric Rohmer, de la gloire aux livres des films de Truffaut (qui est la moindre des choses à une époque où la Présidente du FMI qui ironisait sur le fait qu’il y en avait assez en France, daube sur les banques françaises après avoir été Ministre des Finances de ce pays), Emmanuel Mouret compose un nouveau territoire cinématographique où un bras en saisit fermement un autre hors-champ pour mettre un terme à la pénibilité d’une coquine, et deux plans suffisent à comprendre qu’il suffit de disparaître d’une soirée de fâcheux et d’emboucher pour inventer le vertige de vivre.
L’art d’aimer d’Emmanuel Mouret, Sortie nationale le 23 novembre 2011.


L’art d’Aimer Bande Annonce par Filmsactu

L’Apollonide de Bertrand Bonello : du rut à l’industrie des corps

L'Apollonide - souvenirs de la maison closeLe plan le plus audacieux de l’année filme une jeune juive (Alice Barnole) pleurant des larmes de sperme dont elle rêvait que son amant l’envahisse. Nous allons du crépuscule du XIXe siècle à l’aube du XXe siècle, pour la lumière quelque part entre Seurat et Munch, pour le propos entre Le plaisir de Max Ophuls et Vénus noire d’Abdellatif Kechiche.
Bertrand Bonello poursuit avec ses souvenirs de la maison close ses recherches sur l’enfermement des corps dans la société moderne. Nous voici dans L’Apollonide du titre, maison close tenue par Marie-France (Noémie Lvovsky) à Paris où elle accueille des bourgeois en quête de fantasme et de chair fraîche (interprétés notamment par plusieurs cinéastes de Xavier Beauvois à Jacques Nolot en passant par Vincent Dieutre, métaphore probable de la relation perverse qui se noue entre les réalisateurs et leur muse).
Les jeunes filles issues d’un casting de haut vol (Hafsia Herzi de La graine et le mulet, Adèle Haenel de Naissance des pieuvres, Jasmine Trinca de La chambre du fils ou la nouvelle Iliana Zabeth) passent toutes leur vie enfermées dans cet univers sensuel et violent, qui se termine plus souvent par la maladie et la drogue que par l’évasion hors des murs. Le cinéaste décrit avec une attention sociologique le quotidien de ces femmes durant leur toilette, à table (le repas doit beaucoup à celui de La graine et le mulet) ou à converser et satisfaire les messieurs (bains de champagne, attachement, fétichisme de la femme poupée, etc.).
Bertrand Bonello crée comme tout grand cinéaste une mythologie, ou un lieu par-delà le bien et le mal, qui occupait une fonction sociale déterminée dans le commerce des corps avant l’entrée dans le siècle des extrêmes où l’industrialisation des corps allait devenir une méthode permanente d’exécution des chaînes de production, de l’art, de l’amour, de l’extermination, etc. Il réalise avec L’Apollonide un film hors du temps, où Paris était déjà ce “désert pour pauvres” dont parlait Paul Gauguin à la même époque, où les femmes s’apprêtaient à se saisir des outils de leur affirmation et les hommes étaient prêts pour un certain nombre de boucheries satisfaites.


L’Apollonide – Bande-annonce par hautetcourt

L'Apollonide – Clip Générique par hautetcourt

Filmer Cosi fan tutte aux Pavillons-sous-Bois (4) : Ainsi fait qui ?

Ma tête devrait être mise à prix dans quelques jours par un groupe terroriste méconnu en raison des protections jusqu’aux plus hautes sphères de l’Etat dont jouissent les Mozartiens. Voilà, il y a des matins où l’on se lève avec des idées que l’on a beau chasser pour leur caractère saugrenu, elles vous prennent à la gorge et vous intiment d’obéir : il faut tourner une adaptation de l’opéra Cosi fan tutte avec une classe de 3e.

J’aurais pu filmer une guerre des gangs, une occupation de halls d’immeuble ou une querelle de voisinage sur fond d’audition de musique à un niveau sonore insoutenable, mais non, n’insistez-pas, c’est bien de Mozart dont il s’agit, qui n’est ni mon compositeur préféré, ni celui des jeunes gens qui chanteront le bel canto en son nom et devront réciter quelques extraits en playback comme dans On connaît la chanson d’Alain Resnais, où Dussollier chantait un mémorable Ma gueule de notre Johnny national.

Alors je n’en dirai pas plus puisque nous sommes à chercher qui jouera qui, nonobstant les jeunes aux cheveux gris qui ne veulent rien faire et les jeunes filles qui manquent de confiance en elle. Un jour, les filles auront confiance en elles, et nous ne servirons plus à rien. Heureusement, il y a celles et ceux qui s’impliquent et qui font plaisir à voir, Margaux qui a envie de croquer la scène, Sassiré à la caméra et au costume, Dylan qui a le sens de la comédie, Julian prenant les photos… Faire du cinéma comme un acte de résistance, capter le moment où l’acteur découvre l’Amérique.

Filmer L’or de leurs corps à Rosny-sous-Bois (3) : la vie est ailleurs

Avec Cosi fan tutte, trouver les acteurs qui correspondent aux rôles, avec L’or de leurs corps, trouver les personnages qui correspondent aux acteurs. L’équation est simple, tout devient possible.

Il a bien fallu faire connaissance ici à Rosny avec les règles de base du plateau de cinéma moteur/ça tourne/scène 1…/action/coupez pour laisser parler l’imaginaire, d’abord par groupe de deux : une jeune fille explique gênée à sa meilleure amie que le copain de celle-ci l’a invitée au restau, un jeune homme dont les parents se disputent s’incruste chez une copine, une jeune fille cherche à obtenir les coordonnées du copain d’un garçon, etc.

Le plus grand plaisir du cinéaste est d’être surpris par ses acteurs et plus généralement son équipe technique : une comédienne qui invente un geste ou une émotion non prévue dans le scénario, un chef-opérateur qui trouve la lumière juste pour soulever une scène… Là, sous nos yeux, les jeunes gens découvrent à chaque instant un nouveau continent, l’Amérique de leurs rêves et du caractère tragique de la vie. Anaïs retourne une réconciliation entre copines en sujet de dispute, Asma joue avec émotion la mort d’un proche, Yoann invite Kenza au cinéma avec juste ce qu’il faut de gêne et du sens de la victoire pour ouvrir des possibles, Sidi élève un simple énoncé “je marche sur l’eau” en scène kafkaïenne. Qui est l’auteur de tout cela diront certains ? Tout le monde. Il faudra juste relier, religere, sens originel du mot religieux, peut-être le seul qu’il devrait avoir.

Goldman de Christophe Blanc : la douleur du métèque français

[VIDEO] « Goldman », un téléfilm de Christophe Blanc, le 29/08 à 20h50 sur Canal +
C’était un beau mec narcissique et verbeux, demi-frère d’un célèbre chanteur de variété, qui rêvait de révolution, de redistribution et d’affirmation des oubliés de la République, Juifs, Antillais, noirs, etc. Né en 1944 de parents juifs polonais, son landau sert à transporter les armes de ses parents résistants, ce qui fera dire à son père durant son procès qu’il était “né en prison”. Il meurt assassiné en 1979, le meurtre étant revendiqué par un groupuscule d’extrême droite intitulé Honneur de la police. 15 000 personnes assistent à son enterrement dont Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir.
Christophe Blanc, dans ce film produit pour Canal+, évite comme le Carlos d’Olivier Assayas de christifier son sujet, méthode devenue usuelle et chargée de contre-sens pour présenter les bandits d’extrême-gauche, notamment dans le Mesrine de Richet . Il ne tranche pas sur l’innocence ou la culpabilité de Pierre Goldman concernant le meurtre de deux pharmaciennes Boulevard Richard Lenoir à Paris.
Le cinéaste des personnages ordinaires happés par un drame (Une femme d’extérieur, Blanc comme neige), transforme ce qui aurait pu être un pénible biopic organisé autour de la sainte trinité (misère, ascension, chute) en un film politique sur la douleur des métèques français. Il filme en gros plan un homme instable, caractériel et brouillon, qui passe des milieux gauchistes à la création du quotidien Libération, aux boîtes de salsa et aux bars antillais, avant de rencontrer un rabbin en prison où il apprit l’hébreu. La mise en scène suit son parcours avec un Samuel Benchetrit transcendé, comme une fièvre pleine d’hystérie, de jouissance et de colère qui fonce vers son inéluctable conclusion finale alors que le caractère paranoïaque et puriste du jeune homme éloigne les amis et le fragilise.
Goldman rappelle comme le disait le cinéaste durant la présentation du film au Ciné 104 que si la France n’a pas connu des mouvements terroristes aussi violents qu’en Allemagne et en Italie, le rêve de 68 fut surtout porté par ses juifs qui crevaient de la chape de plomb qui recouvrait l’histoire de leurs parents déportés, cachés ou résistants (rappelons que Le chagrin et la pitié d’Ophuls sur la collaboration française ne fut diffusé en France qu’en 1981, le plan sur un policier français dans Nuit et brouillard d’Alain Resnais n’a été remis dans le film qu’en 1997).
Pierre Goldman mourut cinq jours après la naissance de son enfant “juif et nègre”, rêve d’un homme qui pensait par-delà le communautarisme et le rêve puriste de l’extrême-droite française. Christophe Blanc filme en cela le chemin parcouru de Mai 68 aux émeutes de 2005, les deux événements qui ont le plus changé la France depuis la Guerre d’Algérie. L’on peut difficilement rêver de film aussi moderne.

Filmer Cosi fan tutte aux Pavillons-sous-bois (3) : pourquoi toutes les mêmes ?

Voilà le titre italien d’un opéra de Mozart, toutes les mêmes ou littéralement Ainsi elles le font toutes, qui amène certains mélomanes à prendre cette oeuvre avec des pincettes alors qu’elle est une des plus belles léguées par le duo entre le librettiste italien Lorenzo da Ponte et le compositeur autrichien.

Pourquoi filmer Cosi fan tutte avec une classe de 3e du collège Eric Tabarly de Pavillon-sous-bois ? Il eût été possible de faire le choix de raconter “une histoire de jeunes” comme le demandait un élève, et certains cinéastes font le choix de coller totalement à la réalité du terrain qu’ils filment, tel Michel Gondry qui réalisa une histoire de guerre de gangs avec des jeunes qui souhaitaient le faire.

Ce n’est pas le choix retenu avec l’enseignante avec laquelle le projet sera monté, Joëlle Dinot-Smadja qui souhaitait travailler autour de l’opéra. Pourquoi Cosi fan tutte ? Parce qu’il n’y a pas d’âge pour apprendre qu’une femme aime plusieurs hommes au cours de sa vie, platoniquement, bibliquement ou inconsciemment, et que le livret écrit par Lorenzo da Ponte offre une extraordinaire matière pour interroger l’impermanence des sentiments chez les jeunes gens du XXIe siècle. Ces jeunes messieurs qui apprendront qu’il est normal que leur compagne aime un jour un autre qu’eux sont nos contemporains. Je pourrais réaliser boboïquement un film sur les bobos de la proche banlieue ou une étude sociologique sur les jeunes de banlieue, ces jeunes pourraient réaliser jeunement un film sur la vie de jeune, mais nous allons torturer da Ponte et Mozart pour notre plus grand plaisir, ce plaisir de sortir de nos ghettos mentaux si douillets (bien sûr un jeune a dit que si sa copine le quittait, il irait en chercher une au bled, mais cela n’a fait rire personne).

Habemus papam de Nanni Moretti : ni pape, ni maître

Habemus PapamIl n’est jamais trop tard pour changer de vie et jamais trop tôt pour refuser le pouvoir. Non habemus papam raconte Nanni Moretti en se faisant le psychanalyste de ce Bartleby du Vatican comme l’indique son nom-hommage, Melville, auteur du plus grand récit sur un homme qui cessait de faire un jour au motif qu’il “préférerait mieux ne pas” , ou dans le texte “would prefer not to”.
Dépression, fatigue, écrasement face aux responsabilités ou tout simplement frustration de ne pas avoir osé la vie de comédien à laquelle il aspirait, le visage de Michel Piccoli, le non-pape en question, explore toutes ces possibilités du refus pour mieux s’amuser du désarroi de l’organisation politique du Vatican, chargée de cacher le problème aux fidèles. Un garde suisse agite les rideaux de la chambre papale pendant que celui-ci court les rues de Rome, le psychanalyste organise un tournoi de volley entre les cardinaux pour les faire patienter.
Habemus papam est un film sur l’apprentissage du “non”, de la résistance et du recueillement dans le sacré contre le cirque du pouvoir. Moretti me vole même le Miserere d’Arvo Pärt qui serait si bien allé sur le visage d’une jeune fille de Rosny-sous-Bois ressuscitée. Qu’importe, “quand il faut voler, je vole” disait Picasso, alors je volerai peut-être Nanni Moretti.

La grotte des rêves perdus de Werner Herzog : 30 000 ans de solitude

La Grotte des rêves perdusC’est une grotte inaccessible depuis 20 000 ans jusqu’à sa découverte en 1994, qui héberge sur 400 mètres de long des peintures vieilles de plus de 30 000 ans, mais aussi une impressionnante quantité d’os des animaux qui peuplaient l’Ardèche à cette époque : ours des cavernes (espèce disparue), chevaux, loups, rhinocéros…
Au début, c’est si mal filmé que l’on se demande si la caméra est tenue par Mathieu Tuffreau, et puis non, c’est que l’équipe de ce très grand cinéaste allemand qu’est Werner Herzog pour le monumental Aguirre avec Klaus Kinski (“ich bin Aguirre, der Zorn Götes”, “je suis Aguirre, la colère de Dieu”) est contente de son joujou, une caméra 3D montée sur un petit hélicoptère qui lui permet de grimper les falaises de la région.
Des chercheurs escortent l’équipe technique dans la grotte et l’ancien monde nous saute aux yeux, dansant devant nous par la magie du talent des peintres qui ont joué avec les aspérités de la roche pour leur peinture, et de la technologie 3D qui donne l’impression de pouvoir toucher ces représentations panthéistes et réalistes d’animaux : combat de rhinocéros, cérémonial amoureux d’un lion et d’une lionne, troupeau de chevaux en train de hennir, etc.
Rêver de lion et de rhinocéros, c’est comme l’archéologue à l’inénarrable accent anglais interviewé dans le film, le meilleur qui puisse nous arriver en sortant d’un tel film, d’une telle expérience cinématographique qui joue avec talent de l’équilibriste entre l’émotion esthétique, la pédagogie scientifique et la poésie de la joute entre l’écoulement et la trace.