Rétrospective Catherine Breillat à la Cinémathèque : qu’est-ce qu’un pénis ?

Romance

La manière la plus courte de rédiger ce blog consisterait à conseiller à son imbécile auteur d’ouvrir son pantalon plutôt que de poser ce genre de question stupide. Et pourtant, la rétrospective de l’oeuvre de Catherine Breillat à la Cinémathèque française offre l’opportunité de redécouvrir des films entièrement tendus vers l’étonnement, le désir et la colère des femmes envers le sexe de l’homme.

La cinéaste a surtout fait parler d’elle ces derniers mois par sa volonté de détruire la réputation du séducteur mythomane Christophe Rocancourt auquel elle aurait prêté des sommes d’argent astronomiques que ce dernier ne lui aurait pas rendues. Les cordonniers sont toujours les plus mal chaussés, et les femmes cinéastes qui invitent à se méfier du pouvoir de manipulation des hommes ne sont pas nécessairement les mieux armées pour s’en défendre.

Qu’importe, la cinéaste signe depuis trente ans une oeuvre extrême, dont les audaces font parfois oublier les maladresses (Rocco Siffredi jouant à être comédien dans Romance X et Anatomie de l’enfer vaut les meilleurs sketchs des dix comiques préférés des Français), et qui n’a cessé d’interroger l’ambivalence du désir des femmes envers le sexe de l’homme : fantasme de viol (Romance X, A ma soeur), tendresse envers le complexe de taille et l’exhibitionnisme des hommes (Grégoire Colin se promenant avec sa prothèse de pénis sur le plateau de Sex is comedy), colère envers la capacité des hommes à désirer sans amour (Romance X), besoin d’être désirée même sans espoir de conquête (Anatomie de l’enfer), etc.

La rétrospective sera également l’occasion de voir les films qui l’ont inspirée, et notamment Marlon Brando en campagne de publicité pour le beurre dans Le dernier tango à Paris, ainsi que ceux dont elle a signé le scénario, comme Police de Maurice Pialat, l’un des plus grands films noirs français avec Gérard Depardieu et Sophie Marceau. Et puis comme disent les cinéastes, qui ne manquent pas tous d’humour, à la fin d’une prise, Coupez !

Rétrospective Catherine Breillat à la Cinémathèque Française, du 1er au 20 septembre 2010

ANATOMIE DE L’ENFER bande annonce

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Poetry de Lee Chang-Dong : appréhender l’être du monde pour le refonder

Poetry

L’homme qui a prononcé la fusion de la philosophie et de la poésie, Martin Heidegger, a créé l’un des plus grands renversements intellectuels de tous les temps en estimant que la seule question qui valait la peine d’être posée était celle de l’être. Mais qu’est-ce que l’être d’une pomme, semble se demander la vieille dame de Poetry de Lee Chang-Dong, un nouveau chef-d’oeuvre qui nous vient de Corée du Sud, l’un des seuls pays au monde avec la France à nous offrir encore des films adultes ? Selon le philosophe allemand, l’être d’un tableau de Van Gogh qui représente une simple paire de souliers d’un paysan se manifeste par la présence de “ce qui est là, comme si soi-même, tard un soir d’automne, quand charbonnent les derniers feux de pieds de pommes de terre, on rentrait fatigué des champs avec la pioche sur l’épaule”.

La pauvre Mija a fort à faire avec son petit-fils délaissé par sa fille divorcée, et qui se retrouve mêlé à un viol collectif sur une collégienne qui s’est donnée la mort. Les pères des autres adolescents impliqués dans le crime tentent d’étouffer l’affaire en payant 30 millions de won (environ 20 000 euros) à la mère de la jeune fille. Mija prend des cours de poésie alors qu’elle perd progressivement la mémoire et plonge dans le nouveau monde qui s’ouvre à elle : le rouge sang des amarantes agit comme un bouclier face à la brutalité du monde, les abricots tombent vers leur renouveau, etc. Elle devient poétesse.
Le cinéma chez Lee Chang-Dong, pour paraphraser le père Heidegger, est fondation de l’être par l’image et le son : attachement au courage des femmes dans notre société machiste (même le proviseur du collège tente d’étouffer l’affaire), puissance de la nature face à notre horizon de béton, fusion de l’honnêteté et de la poésie chez un policier incorruptible, expression de la douleur par la métaphore (le dialogue sublime entre les deux femmes, alors que Mija est envoyée par les hommes pour négocier avec la mère de la colégienne). Poésie vient du grec poiesis qui signifie “création”. Chez Lee Chang-Dong, la poésie fonde et refonde, ressuscite les morts et réconcilie les êtres et le monde. “Ce qui demeure, les poètes le fondent” écrivait Hölderlin. Le bruit et la fureur n’auraient-ils pas plus d’importance que le vent ?


POETRY : BANDE-ANNONCE VOST ‘Festival de Cannes 2010’
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Salt de Philip Noyce : attention Angelina, derrière toi !

Salt

Vous rêviez de voir Angelina Jolie sauter d’un 33 tonnes à un autre sur l’autoroute, conduire une voiture en tenant un policier évanoui du bout de son Taser, jouer Jason Bourne au féminin en parlant trois langues et une agente double ou triple, Philip Noyce l’a fait.

Hollywood finira par avoir un gage à la 250e histoire d’agent de la CIA retourné par Moscou ou par les services secrets américains eux-mêmes, mais pour le moment la paranoïa fonctionne : Angelina Jolie joue Evelyn Salt, agente de la CIA dont la couverture a été révélée alors qu’elle était prisonnière en Corée du Nord, apprend de la bouche d’un transfuge russe qu’elle est censée tuer le Président Russe en visite à New York. Elle s’enfuit alors que ses collègues veulent l’interroger et part à la recherche du Président russe.

Philip Noyce, artisan honnête du thriller paranoïaque (Calme blanc, Jeux de guerre), remplit le cahier des charges en offrant à Angelina Jolie un cadre à la hauteur de son talent et de sa beauté froide, jusqu’à un complot atomique qui ressuscite les grandes peurs de la guerre froide. La comédienne en prend plein le visage, torturée par les Coréens, frappée par ses collègues et les Russes. Chaque époque a l’espion qu’elle mérite : héroïque (Eva Marie Saint dans La mort aux trousses), mercantile (Orson Welles dans Le troisième homme) ou idéologique (l’espion anglais Anthony Blunt) sous la guerre froide, torturé-retourné aujourd’hui, les nerfs à vif, rêvant d’une vie-Ikea, mais secoué par la fragilité du monde.

Cycle Ernest Lubitsch à la Cinémathèque : retourne les préjugés

Jeux dangereux

Alors que les préjugés envers diverses parties de la population reviennent en force au plus haut niveau de l’Etat, l’organisation de la rétrospective Ernest Lubitsch, dont la célèbre touch qui porte son nom consistait à retourner les préjugés par un regard caustique sur la déraison humaine, est la bienvenue.

D’aucuns se vantent d’être des hommes à femmes ? Lubitsch invente la femme amoureuse de deux hommes qui n’a pas à se conduire en “gentleman” (Sérénade à trois, l’un des films préférés de Truffaut). Greta Garbo avait-elle la réputation de ne jamais sourire ? Le cinéaste lui offre l’un de ses plus beaux rôles en commissaire politique soviétique dans la comédie Ninotchka. La cruauté d’Hitler nous interdirait-elle de continuer à prendre plaisir à vivre ? Lubitsch en fait un misérable bouffon dans To be or not to be. Les séducteurs sont-ils incasables ? Claudette Colbert remet dans le droit chemin un milliardaire sept fois marié dans La huitième femme de Barbe bleue, où l’on apprend que la seule façon d’entrer dans les hôpitaux psychiatriques ultra-sécurisés consiste à aboyer à la porte. Les séducteurs sont-ils condamnés aux flammes de l’enfer ? Gene Tierney donne une seconde chance à l’un de ces plus fameux jouisseurs.

Ce Berlinois naturalisé américain aimait passionnément la France, les femmes et le burlesque. Il a imposé à Hollywood un style de comédie d’une rare élégance, gouverné par le sens du rythme et le bon mot, conçu avec les meilleurs techniciens (Billy Wilder au scénario) et les plus grandes comédiennes. Les schémas de ses films sont encore appliqués aujourd’hui (la plupart des films de Pierre Salvadori rejouent Haute pègre, tous les trios amoureux rejouent Sérénade à trois, les comédies amoureuses sur “deux êtres que tout oppose” refont inlassablement The shop around the corner etc.). Mais plus talentueux que la plupart de ses imitateurs, il est celui qui nous invite à voir le monde par-delà nos guerres froides. Un cinéaste lubitschien moderne filmerait un Rom à l’Elysée ou un taliban féministe.

Rétrospective Ernest Lubitsch à la Cinémathèque, du 25 août au 10 octobre, Ouverture avec Jeux dangereux (To be or not to be) le 25 août à 20 heures

George Steiner chroniqueur au New Yorker : comment devenir intelligent ?

Voilà un homme qui a posé toute sa vie l’une des plus passionnantes questions du siècle révolu : “qu’est-ce qui rend la haute culture si vulnérable aux sirènes de la barbarie ?” Une sélection de ses articles parus de 1967 à 1997 pour le magazine de référence The New Yorker fait l’objet d’une publication chez Gallimard.

Cet homme né en France en 1929 de parents juifs viennois a mis le nez pour notre bonheur dans tout ce que la littérature, la poésie et la philosophie ont compté de grand au cours du siècle : le grand et non moins polémique philosophe allemand Martin Heidegger sur lequel il a écrit un ouvrage aussi précis que concis (Martin Heidegger), Kafka et l’école de Prague, Karl Kraus et l’école viennoise (Vienne étant selon lui la ville qui a le plus marqué le siècle, lieu d’invention de la satire anti-bourgeoise, de la psychanalyse, du roman déconstructionniste et du nazisme), Philippe Ariès et l’histoire française structuraliste, Louis-Ferdinand Céline (“C’est dans le Voyage que détonent pour la première fois dans la langue le rythme du rock”), André Malraux (dont il moque le biographe, notre stakhanoviste Jean Lacouture, en rappelant qu’un certain John F. Kennedy disait de l’ancien ministre de la Culture :”il nous laisse loin derrière”), la philosophe Simone Weil (“il n’y a eu dans la tradition occidentale qu’une femme philosophe de rang”), Michel Foucault et la french philosophy qui dialoguait avec les maîtres allemands (“tout se passe comme si l’occupation de la France par les ALlemands avait laissé de profondes cicatrices qui se transformèrent en autant de sillons”), etc.

Il ressort de ses articles écrits avec un humour et une curiosité sans égal une morale et une esthétique que nous résumerons comme suit. 1. Apprends les langues étrangères pour réaliser que chaque langue possède son propre imaginaire. 2. Oriente ta libido sur des activités créatives (littérautre, peinture, cinéma, jardinage, etc.) plutôt que sur les stagiaires en jupe. 3. Préfère l’amitié, l’insoumission et le débat au drapeau, à l’autorité et au Grand Soir qui ont déjà fait beaucoup de morts.

Nous parlons tout de même d’un homme qui apaise un soir son ami Arthur Koestler, privé de retour dans son pays natal la Hongrie, en lui affirmant que sa plus grande récompense littéraire consistait à figurer sur la liste noire du KGB pour avoir écrit Le zéro et l’infini. Etre intelligent pour George Steiner, c’est préparer son entendement à effacer une inquiétude sur le visage des êtres qu’on aime.

George Steiner, Chroniques du New Yorker, Arcades Gallimard, 18 euros

Inception de Christopher Nolan et l’irréalité de Borges

Inception

J’ai été frappé par la foudre lorsque Michaël Papon, qui menait 14 à 12 aux raquettes de plage sur l’île de Ré, s’est fendu d’un “Inception présente la mémoire comme un territoire à conquérir” qui lui a permis de prendre le point du match d’un revers federerien (ou nadalien suivant les goûts).

Je ne saurai jamais si cette remarque visait précisément à remporter le point, mais elle m’a laissé dans la nudité où l’on se trouve d’être moins qu’autrui. Il fallait que je me rende à l’évidence : Inception de Nolan suait l’écrivain argentin José Luis Borges par tous les pores et son fameux concept d’irréalité, plutôt que le structuralisme européen qui concerne davantage Dali et la Maison du Docteur Edwards.

Mais de quelle manière les Fictions, ouvrage le plus connu du maître argentin, pénètrent-elles l’Inception ? La mention d’un Alexander Nolan, traducteur de Shakespeare en gaélique, dans la nouvelle Thème du traître et du héros, est intéressante d’un point de vue lacanien, mais aussi pertinente que d’affirmer que la truffe de Tuffreau est truffée de Truffaut.

En quoi le monde irréel de l’écrivain argentin a-t-il contaminé le cinéma moderne de la cyberconscience et de l’univers virtuel, de Matrix à Avatar ? En soi, Inception est une adaptation de la nouvelle Les ruines circulaires, dans laquelle un homme rêve de rejoindre par le rêve l’enfant qu’il a engendré, comme Leonardo di Caprio rêvant dans le film de retrouver ses enfants en Amérique, où il ne peut se rendre accusé qu’il est du meurtre de son épouse, jouée par Marion Cotillard.

Plus précisément, l’architecture des rêves est au coeur de la recherche de Borges : “Il comprit que l’entreprise de modeler la manière incohérente et vertigineuse dans se composent les rêves est la plus ardue à laquelle puisse s’attaquer un homme.” Ken Watanabe ne pose pas un défi plus complexe en imposant au héros d’Inception d’introduire une idée dans le crâne de son concurrent milliardaire, à savoir de démanteler son empire pour vivre librement, sans être condamné à être écrasé par la référence de son père.

La nouvelle de Borges conclut : “être la projection d’un autre homme, quelle humiliation !”, comme tous les héros du film qui ne cessent de se demander de qui provienennt les projections qu’ils croisent dans leurs rêves communs.Il est surtout heureux qu’un homme venu du cinéma d’auteur anglais fauché (Following) se soit mis en tête de piloter un blockbuster aux allures d’un rêve de Borges, où chacun revivra ses batailles pour influer sur ou résister au territoire mental d’autrui.

The expendables de Sylvester Stallone : bienvenue au Racaillethon

Expendables : unité spécialeIl est permis, à l’heure où les débats sur l’âge du départ à la retraite font rage en France, de saluer la sortie de The expendables de Sylvester Stallone, qui rassemble tout ce que le cinéma d’action hollywoodien a compté de star depuis trente ans, comme des pistes offertes pour la reconversion des seniors : tabassage des hommes qui battent leurs femmes, exécution des kidnappeurs du Golfe d’Aden, décapitation de militaires d’une narcodictature du Golfe du Mexique, etc.

Stallone est émouvant lorsqu’il est vulnérable, vétéran du Vietnam rejeté par les siens qui ne veulent plus entendre parler de la sale guerre dans Rambo, policier corrompu et sourd d’une oreille dans l’étonnant Copland, mercenaire se sacrifiant pour des humanitaires qui n’acceptent pas d’avoir besoin de lui dans John Rambo, etc.

Il a choisi une voie médiane pour The expendables, en venant en aide à une pauvre guerillera d’une narcodictature opposée à son père de militaire allié à un ancien de la CIA pour exploiter les paysans afin de produire de la cocaïne. Le film vaut surtout pour le parcours de ses proches : Mickey Rourke minable de ne pas avoir été capable de sauver une femme suicidaire en Bosnie, Schwarzy sorti quelques heures de sa Californie surendettée pour refuser la missiondu film car comme dit Sly il “veut être président”, Jason Statham donnant des fessées aux hommes violents et des leçons aux femmes qui posent trop de questions.

Le concours de muscles et de grosses poitrines n’est pas évident pour faire un grand film, et la morale imbécile (les femmes sont trop difficiles à comprendre, rien de tel qu’une partie de lancée de couteaux et de bière entre potes, même s’ils ont tenté de vous tuer) nous prive de ce qu’aurait pu donner ce Sept samouraïs moderne : la mélancolie des hommes valeureux qui comprennent que le monde n’a plus besoin d’eux.

Retrait de la nationalité française : en quoi un film doit-il être politique ?

Le Cuirassé Potemkine“Le spectateur ne met pas un bulletin dans l’urne lorsqu’il va au cinéma” disait le cinéaste François Truffaut à propos de l’insuccès d’un film de Maurice Pialat qu’il avait produit, L’enfance nue. Stendhal comparait quelques dizaines d’années plus tôt la politique dans une oeuvre d’art à un “coup de pistolet dans un concert”. Il faut entendre les jeunes cinéastes dans les festivals de court-métrage se vanter de faire du cinéma de l’indicible pour se rendre compte quels ravages ont pu faire ce genre de propos, alors qu’ils ont été tenus par des artistes considérés en leur temps comme subversifs pour s’être attaqués dans leurs oeuvres les plus célèbres à la religion pour l’un (Stendhal dans Le rouge et le noir) et à l’antisémitisme pour l’autre (Truffaut dans Le dernier métro).

Mais que signifie faire du cinéma politique ? Un film n’est certes pas un tract, mais ce n’est pas non plus un nuage de fumée. Polis est souvent traduit du grec par “cité” ou “Etat”, ce qui mène la politique vers les “affaires de la cité”, mais le philosophe Martin Heidegger (dans Introduction à la métaphysique) voyait un autre usage à polis par Sophocle dans le premier choeur d’Antigone : “Polis signifie plutôt le site, le là, dans lequel et en vertu duquel l’être-le-là est historial… Tout est politique, c’est-à-dire dans le site de l’histoire, en tant que par exemple les poètes sont seulement des poètes, mais vraiment des poètes… Or sont veut dire : emploient la violence en tant qu’ils sont situés activement dans la violence, et deviennent éminents dans l’être historial comme des créateurs, des hommes d’action.”

Le philosophe allemand aurait été bien inspiré de balayer devant sa porte plutôt que d’adhérer deux ans au parti nazi, mais il peut arriver à un petit homme d’être un grand philosophe, et de nous éclairer sur l’objet de l’art, et donc du cinéma. Faire du cinéma politique ne veut pas dire faire du cinéma de droite ou de gauche, mais signifie parler du site où l’être du cinéaste devient historial, c’est-à-dire se saisir des plus hautes interrogations de l’histoire de son temps. Clint Eastwood est un cinéaste politique par sa manière de filmer les noirs américains (Bird, Impitoyable, Million dollar baby) comme des êtres dignes alors que Hollywood les cantonne souvent aux rôles de faire-valoir du héros. Abdellatif Kechiche (L’esquive, La graine et le mulet, prochainement La vénus noire) est un cinéaste politique en ce qu’il filme les souffrances des Français ou des immigrés vivant en France et rejetés pour ne pas appartenir au modèle dominant.

Quel est l’objet du projet de loi du Président de la République française consistant à retirer la nationalité aux Français coupables de porter atteinte à des représentants de la loi, de polygamie, etc. ? Créer deux classes de Français, les citoyens confirmés et les citoyens en sursis, en s’opposant au principe de l’égalité devant la loi. Etre un cinéaste politique en France aujourd’hui, c’est filmer les manifestations de cette grande peur des “étrangers”, et plus généralement de la différence. Ce n’est certainement pas filmer les policiers comme des brutes, ou les sans-papiers comme de gentilles personnes, c’est se poser la question de l’autre et du même aujourd’hui en France : quelle est la souffrance d’un Français noir, maghrébin ou d’origine asiatique dans sa vie quotidienne ? D’où viennent les violences dans les quartiers difficiles ? Quelles sont les difficultés rencontrées par une femme pour être respectée au travail ou dans sa vie privée ? Quelles sont les formes du vivre ensemble aujourd’hui en France ? C’est au prix de ces questions que l’on peut se proclamer cinéaste. Sans se poser ces questions fondamentales, un réalisateur prend le risque de passer pour un gentil portraitiste ou de se tromper de siècle.

Le bruit des glaçons avec Albert Dupontel : qu’a fait mon arrière-grand-père dans le Morbihan en 1903 ?

L’étau se resserre autour de l’un des sujets majeurs de ce blog, à savoir le dévoilement progressif de mon éventuel lien de parenté avec Albert Dupontel (l’autre sujet étant l’évolution du cinéma de l’être selon une perspective heidegerienne dans les années 50, au cinéma de l’autre selon une perspective levinassienne, aujourd’hui).
La sortie du film de Bertrand Blier Le bruit des glaçons le 25 août, avec Jean Dujardin et Albert Dupontel, marque une nouvelle étape qui pourrait s’avérer cruciale pour toutes les recherches généalogiques des bassins de Savenay (44), où vivait mon arrière grand-père, et de Vannes (56), d’où vient le père d’Albert Dupontel.

Quelques lignes du journal intime de mon grand-père pourraient nous apporter une piste majeure en vue de mettre à jour une nouvelle dynastie d’artistes dont le public est friand : ”

En 1903, mon père était allé avec son frère à Béganne dans le Morbihan, ils étaient tombés dans un secteur qui n’avait jamais vu de bicyclette. Les enfants se sauvaient devant eux comme des lapins.”

Le Bruit des glaçons

Mon arrière grand-père a-t-il appris la bicyclette à l’arrière-grand-mère d’Albert Dupontel ? Toutes les hypothèses sont ouvertes, et nous aurons bientôt droit aux rôles qui nous sont promis de frères policier et voyou “que tout oppose” dans un film de James Gray, ou bourgeois de province et envieux dans un film de Claude Chabrol, incestueux dans un film de François Ozon ou même noirs dans un film de Claire Denis (Mais les rôles de noirs sont tellement rares dans le cinéma français que je suis certain qu’Albert sera d’accord pour les refuser).

Un poison violent de Katell Quillévéré : le corps du Christ tu oublieras

Un poison violent

A chaque grand film son image mythique. Dans Un poison violent, on voit une jeune fille répondre à la demande de son grand-père (l’étonnant Michel Galabru) de voir une dernière fois avant de mourir “l’endroit d’où il vient”. Enfermée par le catholicisme conservateur de sa mère (l’excellente Lio) et le départ de son père, la jeune Anna n’a plus que son espiègle grand-père pour imaginer l’autre monde situé au-delà des peurs de l’adolescence.

Il lui faudra pour se libérer complètement affronter lors de sa confirmation le grand corps osseux d’un évêque qui semble sorti tout droit d’un tableau du Gréco hurler contre les insanités de la chair en lisant la Lettre aux Galates de Saint-Paul qui est bien connu pour sa misogynie.

La cinéaste Katell Quillévéré nous promène avec élégance dans la campagne bretonne avec un naturalisme qui rappelle le regretté Maurice Pialat bien sûr, la belle Clara Augarde tenant fièrement le premier rôle comme Sandrine Bonnaire à l’époque d’A nos amours. Mais après tout les bons cinéastes d’auteur français des années 80 poursuivaient la veine réaliste de la Nouvelle Vague, alors il ne faut pas s’étonner de voir autant de jeunes cinéastes contemporains aborder pieusement le rivage de l’auteur de Sous le soleil de Satan avant de couper le cordon comme les héros de ce poison violent.

Le cinéma n’est-il pas le lieu où s’opère la fusion du corps et de l’esprit, même dans les films très chrétiens de Robert Bresson, à l’opposé du vieil adage puritain qui tend à les opposer ?

Un poison violent Bande-annonce 1

envoyé par toutlecine. – Court métrage, documentaire et bande annonce.