Enter the void de Gaspar Noé : des images, des figures

Enter the Void

Si le XXème siècle a été celui de l’exploration des méandres du cerveau dans la littérature, le cinéma reprenant la tâche du roman du XIXe siècle consistant à raconter des histoires, le XXIe sera pour le cinéma, concurrencé par les jeux vidéos pour raconter des histoires, celui de l’exploration de la vie intérieure en images. Qu’on l’aime ou non, au même titre que le Blueberry de Kounen, Enter the void est une plongée dans les mécanismes du cerveau et de la persistance rétinienne.

Gaspar Noé a choisi comme Kounen la drogue pour explorer le monde intérieur, ou le vide comme suggère le titre, soit la vie d’Alex, un junkie américain, amoureux de sa soeur, trompant son ennui dans les méandres de Tokyo. Alors que la police menace de l’arrêter, il leur fait croire qu’il détient une arme, se fait tirer dessus, et son âme flotte au-dessus du monde, embrassant passé, présent et futur.

Irréversible était un film remarquable qui racontait comme Amours chiennes du Mexicain Inarritu la violence avec laquelle les classes sociales se croisent, dans un montage inversé qui a autant fait son succès que le coeur qu’y ont mis son trio de stars Cassel/Bellucci/Dupontel. On aurait aimé que les producteurs d’Enter the void renvoient le cinéaste à sa copie en lui disant qu’eux aussi aimaient les films de Pasolini, Kubrick et Lynch, mais que ces derniers signaient des scénarios en béton.

C’est finalement la naïveté du propos qui plombe le film avec son idée de cycle et d’éternel recommencement, la réduction des femmes à des silhouettes nymphomanes et une insistance un peu lourde sur le thème du trou et de la lumière. Il n’est pas toujours laudatif de qualifier un film de lynchéen, les obsessions érotiques et morbides d’un cinéaste ne suffisant pas à faire un bon film. Seulement voilà, Gaspar Noé est un homme de cinéma qui s’est créé son style (Ah, sa fameuse caméra prise de vertige sur grue…) et a le sens des scènes ou des raccords violents, tels un homme pris dans l’étreinte d’un baiser sur la poitrine d’une femme, avant de voir une autre poitrine embrassée par des nourrissons. Cinéma du futur donc, pour un film qui semble malheureusement déjà un peu daté.