
Si la plupart des comédies romantiques contemporaines ressemblent à des publicités pour le savon, du moins L’arnacoeur est-il soulevé par ses acteurs, Vanessa Paradis ou le plus joli oiseau du cinéma français avec Simone Simon, et Romain Duris avec lequel nous avons grandi (nous avons nous aussi écrit des scénarios et menti à notre banquier comme dans Les poupées russes, couru tout nu dans une forêt – allemande pour ma part – comme dans Gadjo Dilo, etc.).
Alors bien sûr, il y a l’histoire bien ficelée d’un briseur de couples qui tombe amoureux de la belle héritière qu’il est censé éloigner de son bel Américain. Julie Ferrier excelle dans les sidekicks de héros en soeur, assistante et souffre-douleur. Hélène Noguerra s’est vue confier comme d’habitude un rôle vulgaire dont le film aurait pu se passer (dans Tout ce qui brille, aucune trace de vulgarité si ce n’est dans le langage des jeunes femmes, dans Soul Kitchen, la vulgarité est rabelaisienne, elle n’excite pas les clichés machistes ou racistes), et Vanessa Paradis aurait pu idôlatrer autre chose que Dirty Dancing et le Roquefort au petit-déjeuner (dans Titanic, Kate Winslet admire Monet et Picasso, croyez-moi, ça a marché).
“On sent le type à l’aise” disait Yves Montand à Romy Schneider à propos de Sami Frey dans César et Rosalie, ce à quoi la belle Autrichienne répondait : “c’est comme toi, ça s’appelle le charme”. C’est bien par le charme que L’arnacoeur nous attrape, en filmant Vanessa Paradis comme la belle femme qu’elle est devenue, et non la Lolita à laquelle elle semblait cantonnée depuis Noce blanche, et Romain Duris comme la seule bonne raison pour laquelle une femme quitterait un Apollon. Dans ce grand lieu de résolution collective des fantasmes qui s’appelle le cinéma, il ne faut pas bouder les histoires d’individus plus audacieux que nous.


A trente-trois ans, vous pouvez faire votre kilomètre hebdomadaire à la piscine pour contempler vos muscles dans la glace avant de vous dire que Dieu vous a peut-être mis dans un autre programme que les Jeux Olympiques, en cas de ressemblance prononcée avec Albert Dupontel rejouer son sketch Rambo le week-end dans les galeries commerciales franciliennes pour arrondir vos fins de mois (avec une préférence pour les supermarchés de Chelles et Noisy-le-Grand), perdre inéluctablement vos cheveux, rêver de visiter la péninsule du Yucatan au Mexique, réaliser des courts-métrages, lire Marcel Proust en écoutant Joe Dassin, considérer que pour mériter un Oscar il aurait fallu que Démineurs filme autrement les Irakiens qui sont pour la plupart des gens pacifistes et courtois, se demander comment font les films français pour être parfois aussi gris alors qu’ils se déroulent dans le pays le plus visité au monde, bloguer pour le plaisir et puisque “les hommes seuls parlent toujours trop” (Jean-Paul Belmondo, Pierrot le fou), s’effrayer du retour des bruits de botte en France, considérer qu’il faut filmer Paris comme une ville métissée d’Afrique et d’Asie avec les sons de Madlib. Et bonne chance à vous !



