C’était il y a trente ans, Apocalypse now de Francis Ford Coppola remportait la Palme d’Or à Cannes avec une charge d’une violence inouïe sur le comportement inhumain de l’Armée américaine pendant la Guerre du Vietnam. Le film poursuivait la grande exploration du siècle, la critique de la raison humaine, qui traverse les grandes oeuvres littéraires (La recherche du temps perdu de Proust, Ulysse de Joyce, De bruit et de fureur de Faulkner, Voyage au bout de la nuit de Céline, etc.), et cinématographiques (Citizen Kane, La règle du jeu, 2001, etc.) du XXe.
30 ans plus tard, les films sur les guerres en Irak se succèdent et alignent les bides cinématographiques qui sont d’autant plus significatifs que la guerre du Vietnam a offert de nombreux succès du box-office, tant du côté des films antimilitaristes (Voyage au bout de l’enfer, Full metal Jacket, etc.), que des films revanchards (Rambo). Démineurs de Kathryn Bigelow n’échappe pas à la règle avec un score modeste au box-office américain et une couverture limitée en France.
Cette histoire virile d’un commando de démineurs ne manque pourtant pas de charme, avec sa tête brûlée qui marche comme un cosmonaute dans les rues de Bagdad (reconstituées en Jordanie) pour désamorcer des bombes. Kathryn Bigelow sait raconter la folie des hommes qui ont choisi de vivre de l’autre côté de la normalité, comme dans Point Break qui reste le meilleur rôle de feu Patrick Swayze.
Malheureusement, le film semble avoir trente ans de retard.Démineurs confirme tragiquement l’incapacité du cinéma hollywoodien, à l’exception de Munich de Spielberg, à filmer les Arabes et/ou Musulmans autrement que comme des êtres menaçants ou naïfs. A l’heure où les grands cinéastes se confrontent à la question de la différence et de l’altérité, le film de Kathryn Bigelow pèche par les rôles infantiles auxquels sont cantonnés les Irakiens dans leur propre pays. C’est à peine si les personnages arabes ont droit à une phrase complète, si ce n’est pour menacer les héros ou prier.
Démineurs est un film bloqué par les problématiques du cinéma des années 70 relatives à la barbarie de l’homme, à une époque où un grand film comme Apocalypse now pouvait parler de la guerre du Vietnam sans quasiment filmer les Vietnamiens, sinon comme une ombre qui mettait en valeur le génie d’un Martin Sheen ou d’un Marlon Brando. Aujourd’hui, la promenade dans le désert de GI sûrs de leur bon droit, est la preuve tragique qu’une industrie créée pour fournir du divertissement à toute l’humanité, bute sur la diversité des mondes.

Fish Tank (“Aquarium”) d’Andrea Arnold est le film d’un monde où chacun doit composer avec la fête et la musique de ses voisins jusqu’à ce que le ton monte. C’est le cas de la jeune Mia (Katie Jarvis), 15 ans, délaissée par son mère (Kierston Wareing, popu et vulgaire comme dans It’s a free world de Ken Loach) dans leur HLM de l’est londonien, et qui rêve de décrocher une audition pour changer de vie et de s’enfuir avec le copain de sa mère, l’excellent Michael Fassbender, qui fait rêver de voir les comédiens français changer aussi souvent que lui de tête et de rôle (Hunger, Inglorious basterds).
Une fois passé l’hommage à la grande tradition du film de prison et de gangster (Le Trou, Oz, Le parrain, Scarface), Un prophète d’Audiard impressionne surtout par les trois permissions de sortir consenties au héros emprisonné, Malik El Djebena (Tahar Rahim) en vue de sa réinsertion.
District 9 est un film sur les ghettos hérités de l’Apartheid de l’Afrique du Sud, dont la forme de documentaire fauché (et malheureusement assez laid) sur les relations entre les hommes et les aliens parqués dans un camp prend des allures de parabole politique qui embrasse un grand nombre de problématiques contemporaines : peur de l’autre et du métissage, délire sécuritaire des riches, manipulation des médias, etc.
Christophe Honoré, le cinéaste du droit à l’honneur perdu (face à sa génitrice dans Ma mère, à ses parents dans Dans Paris, aux proches de son ex-petite amie dans Les chansons d’amour, à son entourage dans La belle personne, etc.) filme avec Non ma fille tu n’iras pas danser, une oeuvre âpre et cruelle qui consacre son auteur dans la longue tradition française de la poésie réaliste qui traverse tout le XXe siècle, de Renoir à Pialat, en passant par Truffaut, Godard, Demy et Agnès Varda.