Le dernier film d’Emmanuel Mouret est un remake comique et hilarant d’Eyes wide shut de Kubrick à la manière dont Assaut de Carpenter refaisait Rio Bravo de Hawks, ou dont 35 rhums de Claire Denis refilmait Le goût du sake d’Ozu, en allant chercher ce qui dans le mythe créé par les films originaux collait parfaitement à la modernité.
Comme dans le film de Kubrick, les fantasmes de l’un déclenchent le désir de l’autre, bien que les rôles soient inversés chez Mouret. Jean-Jacques (le cinéaste lui-même), aussi béat qu’un rousseauiste, est appelé par une femme alors que sa compagne (Frédérique Bel) s’apprête à lui faire plaisir. Le jeune homme révèle qu’il a été séduit par une femme (Judith Godrèche) qui l’invite à une soirée. Pour être moderne, sa petite amie lui suggère de s’y rendre et préfère qu’il la trompe plutôt qu’il fantasme sur une autre femme.
Emmanuel Mouret va comme Tom Cruise dans le film de Kubrick traverser le miroir et Paris comme la star américaine errait dans New York, en rencontrant rien moins que le Président de la République en négociation avec les Japonais, en assistant à une ennuyeuse fête chez la fille de celui-ci où Mouret s’empare définitivement du gag de la braguette, avant de tomber dans un merveilleux nid tenu par cinq jeunes filles avenantes, dont Déborah François beaucoup plus émouvante en soubrette coquine que chez les Dardenne. Mais au bout de la nuit, celui qui pensait tromper s’est laissé prendre.
Le critique Michel Chion remarquait que l’importance d’Eyes wide shut était liée au fait que comme la plupart d’entre nous, le personnage interprété par Tom Cruise était séduit par une femme, lors d’une soirée, mais finissait par s’endormir, quels que soient ses fantasmes, sagement aux côtés de sa femme. Mais là où Kubrick filmait une valse triste du désir, Emmanuel Mouret a décidé, autour d’une polka, qu’il était bien temps d’en rire.


Né en 1922 en Lituanie, le cinéaste avant-gardiste new-yorkais Jonas Mekas fait l’objet d’un bel hommage au festival Côté court. Considéré comme l’inventeur du journal filmé, il est l’auteur avec son frère d’une oeuvre abondante depuis son arrivée aux Etats-Unis en 1949.
La 18e édition du festival de Pantin, outre son hommage au cinéma d’avant-garde new-yorkais (Jonas Mekas, Andy Warhol), comporte une compétition qui donne à voir les préoccupations du jeune cinéma contemporain. Le second programme, qui réunit trois films de jeunes mères et un jeune homme s’excusant de ne pas avoir d’enfant, offre un beau panorama d’invitations à sortir de la solitude.
L’adolescence est sans doute l’âge égalitaire pour les garçons qui ont la chance de partager en cette période, pour la plupart, un pull moche, une coupe mulet, un appareil dentaire et une acné explosives. Les beaux gosses de Riad Sattouf facilitera la réminiscence des souvenirs les plus délicats de ceux qui ont passé le cap, et émouvra sans doute ceux qui ont la chance d’entrer de manière éruptive (comme dirait Montaigne, par tous les orifices) dans l’âge bête.
Parmi les quatre grands cinéastes internationaux révélés dans les années 80 et toujours en activité, il est facile de reconnaître les héritiers d’Emir Kusturica chaque fois qu’une fanfare tsigane se profile à l’horizon, les héritiers de David Lynch dès que le bizarre (nain, insectes, schizophrénie, etc.) s’empare de l’écran, les héritiers de Pedro Almodovar amateurs de couleurs vives et d’amours saphiques, mais il est bien difficile, à part peut-être dans les galeries d’art, de trouver des héritiers du Danois Lars von Trier.