Boy A : le coût de la rédemption

Boy A - Andrew Garfield

On comprend mieux le courage de Mitterrand et Badinter lorsqu’ils ont aboli la peine de mort chaque fois que l’on voit, après le meurtre d’un enfant, la courbe des partisans de la peine de mort monter en flêche, et que l’on entend les conversations de café ou de taxi prendre des accents d’appel au sang.

Boy A, le beau film de John Crowley raconte l’impossible rédemption d’un jeune homme (l’excellent Andrew Garfield) à l’issue de sa peine en prison où il était incarcéré pour avoir tué, alors enfant, une jeune fille.

La rédemption, ou droit de racheter ses fautes, est la base d’une société démocratique, dans laquelle les hommes acceptent les limites du jugement qu’ils peuvent porter sur autrui. Le thème est d’inspiration chrétienne, basé sur la parabole dans laquelle le Christ affirme qu”il y a plus de place au paradis pour un pécheur repenti que pour cent justes”. L’un des thèmes majeurs de la littérature du XIXe siècle (Crime et châtiment, Les misérables, etc.), la rédemption a aussi beaucoup inspiré les cinéastes, en particulier ceux marqués par le christianisme, au XXe siècle.

–  une quête métaphysique : Pickpocket de Robert Bresson est la meilleure adaptation de Crime et châtiment avec son personnage de voleur qui se prend pour un surhomme avant d’être arrêté puis de succomber à l’amour qui le mène vers sa rédemption.

– une destinée humaine : Tout le cinéma de Martin Scorsese est hanté par la question de la rédemption, comme si l’issue de la vie ne pouvait être qu’une méditation sur les fautes commises au cours de la vie : Jack La Motta (De Niro) méditant sur ses erreurs de boxeur instable (Raging bull), Ray Liotta sur la morosité de la vie quotidienne des gens normaux après été un gangster redouté (Les Affranchis), Ace Rothsein (De Niro) redevenant un petit bookie après avoir dirigé l’un des plus gros casinos de Las Vegas (Casino), etc.

– le coût exorbitant du rachat : les possibilités limitées de réinsertion pour les anciens détenus et la manière dont la passion sécuritaire du public l’a rendu de moins en moins tolérant envers les fautifs au tournant du XXe et du XXIe siècle ont amené les cinéastes à interroger le coût exorbitant de la rédemption, comme dans Boy A. Les frères Dardenne ont aussi dressé avec Le fils, leur plus beau film, le terrible portrait d’un jeune homme accueilli en apprentissage par le père (Olivier Gourmet) de l’enfant qu’il a tué quelques années plus tôt. Où l’on apprend, comme l’affirme Boy A parfois de manière assez didactique, que la seule solution pour une société démocratique consiste à offrir non pas une seconde, mais une autre chance.

Rendez-vous with french cinema : état des lieux du cinéma français aux Etats-Unis

35 Rhums - Grégoire Colin et Mati Diop

Le triomphe de Taken de Pierre Morel aux Etats-Unis, production française, en langue anglaise, de Luc Besson, qui a dépassé ce week-end les 100 millions de dollars de bénéfices au box-office américain, ne doit pas faire oublier la faible visibilité du cinéma de langue française sur les écrans de ce pays.

Woody Allen se plaint régulièrement que même les salles de cinéma new-yorkaises, a priori les plus ouvertes d’Amérique aux cinématographies étrangères, ne diffusent pratiquement plus de films non américains du fait du jeu impitoyable des règles du marché. Alors il faut se réjouir du beau programme proposé par le festival du film français de New-York, Rendez-vous with french cinema, qui donne un bel aperçu du cinéma français d’auteur contemporain.

La diffusion de 35 rhums qui raconte le bouleversant jeu de l’amour et du départ entre un père (Alex Descas) et sa fille (Mati Diop), de Claire Denis, cinéaste très admirée par les cinéastes et critiques anglo-saxons, est saluée par Stephen Holden du New York Times, comme un “film de peu de mots et de psychologie qui tient surtout sur le vocabulaire physique des visages et corps qui représentent des sentiments trop complexes pour être verbalisés”.

Le journaliste met aussi l’accent sur la récurrence des thèmes liés à l’immigration ou aux tensions identitaires dans le cinéma français, avec la projection d’Eden à l’ouest de Costa-Gavras, qui raconte l’odyssée d’un immigré provenant d’un pays imaginaire jusqu’à Paris, et La fille du RER, de Téchiné, qui sort prochainement, adapté de l’histoire d’une jeune femme (interprétée par Emilie Dequenne) qui s’est inventée une agression antisémite.

La programmation de Séraphine avant les Césars est une belle récompense pour ce très beau film de Martin Provost, porté par la grâce unique de Yolande Moreau, et dont le succès est principalement dû au bouche-à-oreille et à la ténacité du réseau des cinémas indépendants.

Mesrine de Jean-François Richet défendra le cinéma français d’auteur à vocation populaire, très influencé par les grands mythes du cinéma américain (Le Parrain, Scarface, etc.), mais qui les renouvelle à sa manière, notamment en soulignant les démons français (la torture en Algérie, la brutalité des méthodes sécuritaires, etc.), et par la sensibilité de Vincent Cassel.

Enfin, Les plages d’Agnès d’Agnès Varda et Stella de Sylvie Verheyde (l’histoire de la fille de deux pauvres bistrotiers qui trahit son milieu pour trouver sa place dans un collège bourgeois parisien), deux des plus beaux films de l’année 2008, prouveront comme 35 rhums l’importance du cinéma de femmes, et qu’il y a à encourager comme globalement le fait le festival new-yorkais, des cinématographies poétiques et engagées. C’est aujourd’hui majoritairement dans le cadre des festivals, ainsi que grâce au DVD, que se poursuit le dialogue indispensable entre les cinématographies du monde entier.
Rendez-vous with french cinema, du 3 au 15 mars au Lincoln et à l’IFC Center, New-York City.