Exposition Scorsese à la Cinémathèque Française : de la rédemption à la dérision de la violence masculine

Nul mieux que Martin Scorsese n’a représenté la “croissance du désert” redoutée par Nietzsche de la solitude des paumés de Little Italy et Times Square (Mean Streets, Taxi Driver, Les affranchis…) à la violence onaniste des traders de Wall Street dans Le loup de Wall Street.

L’exposition proposée par la Cinémathèque française déroule les obsessions du “maître cinéphile” comme l’appelle Serge Toubiana, des thèmes chrétiens (péché, crucifixion, châtiment…) à la frérocité, le caractère inconciliable du désir et de l’amour entre les hommes et les femmes, l’admiration envers Hitchcock auquel il emprunte de nombreux collaborateurs et le cinéma italien (le compositeur Bernard Hermann qui compose la bande son hypnotique de Taxi driver, le compositeur de générique Saul Bass réinvente cet art pour Casino, le chef décorateur Dante Ferretti de Pasolini et Fellini signe tous les décors de Scorsese depuis Le temps de l’innocence en 1993), ou encore l’usage du plan-séquence et du montage poussés à leur perfection par le talent de ses collaborateurs (notamment Michael Ballhaus, chef-opérateur de Fassbinder et Robert Richardson à l’image, Thelma Schoonmaker, dernière épouse du cinéaste Michael Powell dont Scorsese admirait Le voyeur, au montage).

L’exposition rappelle à quel point l’oeuvre de Scorsese s’inscrit dans son expérience de la violence de Little Italy et le christianisme de sa mère (la psychanalyste Colette Soler dirait : “à mère sainte, fils pervers“). Aucun cinéaste n’a mieux mis en scène la fascination du pays pour les armes que lorsque Robert de Niro parle armes à la main à son reflet dans Taxi Driver. Les extraits de scénario et de story-board sont l’apport majeur de l’exposition avec les photographies de plateau de Brigitte Lacombe qui donnent un aperçu de l’ambiance des tournages et de l’ambition du cinéaste.

Je serais bien en peine de nommer mon film préféré du maître new-yorkais en raison de mon goût modéré pour ses thèmes et me réservant en cas de guerre dans notre beau pays le rôle de réfugié ou d’otage, mais l’oeuvre de Scorsese reste la plus ambitieuse en termes de langage cinématographique et de renouvellement de la mythologie urbaine depuis environ cinquante ans.
L’exposition Scorsese, jusqu’au 14 février 2016, à la Cinémathèque française

L’héritage de la chouette de Chris Marker : la Grèce et la complexité de notre expérience

L’actualité grecque et une carte postale envoyée du pays par la traductrice hellène de L’héritage de la Chouette réalisée en 1989 par Chris Marker nous amènent à saluer la possibilité de visionner cette série presque invisible de cinq heures consacrées à la manière dont la Grèce antique a façonné le monde dans lequel nous vivons.

En 13 épisodes de “Symposium” (littéralement “boire ensemble”) à “la philosophie ou le triomphe de la chouette”, oiseau symbole de sagesse et de la déesse Athéna dans l’antiquité, Chris Marker invite de nombreux spécialistes du monde grec et artistes (Angélique Ionatos, Elia Kazan) à questionner cet héritage dans la politique, le sport, l’art…

Le philologue George Steiner salue cette chose émergée en Grèce “qui a accentué le mystère de la nuit… dire merci à la Grèce signifie dire merci à la complexité de notre expérience”. Cornelius Castoriadis médite sur les erreurs de traduction du mot polis devenu Cité en français, city en anglais et der Staat (l’Etat) en allemand, langue dans laquelle l’antiquité grecque servit à légitimer les rêves de toute puissance de l’Etat du IIIe Reich, alors que les cités-états grecques donnaient le pouvoir à leurs citoyens, exclusivement de sexe masculin, ce que ne rappelle hélas pas le film. La constitution était celle des Athéniens, et non d’Athènes : ses citoyens étaient appelés à légiférer sur un grand nombre de sujets et pouvaient contester les lois dans une atmosphère qui donna naissance au concept inépuisable de démagogue (littéralement “celui qui conduit le peuple”).

Chris Marker, l’un des plus grands monteurs de film du XXe siècle, offre des séquences virtuoses au spectateur en reliant l’olympisme à la guerre dans le second épisode, et la voix chaleureuse d’André Dussollier offre une très belle résonance aux images. Castoriadis déplore que les conceptions modernes de l’Etat ne “soient pas sorties des conceptions issues de la monarchie absolue”, de l’Etat-Leviathan de Hobbes au biopouvoir dénoncé par Michel Foucault, amenant celui-ci à s’introduire dans tous les aspects de la vie individuelle. Le philosophe déplore aussi que cette vie s’organise autour de l’idée de Benjamin Constant que l’Etat serve uniquement de “garantie de nos jouissances”. L’appel de la série à poursuivre le banquet de Platon pour faire vivre l’idée selon laquelle il n’y a de vérité que par le dialogue, et à saluer en la Grèce la naissance du “rêve de connaissance qui transcende toute vie individuelle” (Steiner), n’est pas un luxe par les temps qui courent.

Série L’héritage de la Chouette de Chris Marker (1989) (5 heures)

François Truffaut à la Cinémathèque : la bouche pleine de terre, d’amour et de sexe

De s’appeler Tuffreau pour avoir déplacé le “r” de ne pas assumer que Papa ait fait fortune en vendant des nains de jardin et des brouettes, et d’avoir un père prénommé François, un frère vivant du cinéma et soi-même le faisant spirituellement nous emmène naturellement sur les pas de l’exposition consacrée au cinéaste trop tôt disparu (1932-1984) par la Cinémathèque Française.

L’histoire s’arrêterait là si les best-sellers de ce modeste blog à la truffe ne tournaient autour de la sagesse de la Truffe, de la lettre de rupture à Godard que doit lire toute personne qui s’intéresse au cinéma en France en ce qu’elle aborde tous les aspects du sujet (vie d’artiste, production, rapport à l’argent, rapport aux femmes, aux hommes, délire du jeune Godard sur les juifs…) à l’adaptation fragile de L’Etranger de Camus par Visconti, le cinéaste ayant prévenu le 3 novembre 1967 un étudiant de l’IDHEC du risque auquel il s’exposait en adaptant le roman : “Je connais très mal l’oeuvre d’Albert Camus. J’ai lu une pièce, Les justes, qui m’a semblé consternante et, il y a deux ans, L’Etranger dont on me proposait de tirer un film. J’ai trouvé ce roman inférieur à n’importe lequel des deux cents que Simenon a écrits”.

L’exposition que lui consacre la Cinémathèque rappelle le parcours hors norme dans ce pays d’héritier qu’est la France d’un jeune homme pauvre délaissé par sa mère, adopté par le critique André Bazin et son épouse Janine et adoubé par son beau-père le distributeur Ignace Morgenstern qui produisit en cachette son premier long Les quatre cents coups. Le parcours insiste sur les images mythologiques créées par le cinéaste qui à défaut d’être considéré comme un grand metteur en scène, a créé des images inoubliables citées en boucle dans le cinéma contemporain, du regard caméra de Doinel qui citait déjà Monika de Bergman aux seins de Michèle Mercier dans Tirez sur le pianiste (selon Aznavour rencontré par votre serviteur, la scène qui ringardisa le drap collé sur la poitrine au cinéma) à l’enlèvement des bas de Françoise Dorléac, à une bande de résistants récitant en marchant dans la neige des livres brûlés dans Fahrenheit 451 ou à Fanny Ardant appuyant sur la gâchette à la fin de La femme d’à côté, “ni avec toi ni sans toi”.

Que de femmes bien sûr dans le parcours de cet homme qui coucha avec la plupart de ses comédiennes principales à l’exception d’Isabelle Adjani. Le passage le plus saisissant de l’exposition montre tous ces visages sublimés à l’écran (notamment la belle Marie Dubois photographiée par Robert Doisneau saisissant le regard de Truffaut couvant sa comédienne, et disparue le 15 octobre) par le cinéaste qui ne supportait pas la présence d’un homme après 20 heures, mais offrit le portrait prémonitoire et créateur de la féminisation de l’homme des années 60 à nos jours. Comme le livre un document de travail de l’homme qui aimait les femmes présenté dans l’exposition : “Mais qui sont toutes ces femmes (…) ? La vérité, je vais vous la dire : elles veulent la même chose que moi, elles veulent l’amour. Toutes les sortes d’amour, l’amour physique ou l’amour sentimental ou même simplement la tendresse désintéressée de quelqu’un qui a choisi quelqu’un d’autre pour la vie et ne regarde plus personne”. Le cinéaste ajoute au stylo à la fin de cette page dactylographiée “Je n’en suis pas là : moi, je regarde tout le monde”.

Exposition François Truffaut à la Cinémathèque, jusqu’au 25 janvier 2015

Correspondance François Truffaut, préfacée par Jean-Luc Godard, édition Hatier puis Le livre de poche, document majeur pour comprendre son oeuvre et la Nouvelle vague, épuisé mais se trouve chez les bons libraires d’occasion

François Truffaut au travail de Carole Le Berre, édition Les cahiers du cinéma
Biographie de François Truffaut par Serge Toubiana et Antoine de Baecque, Folio Gallimard

 

Refonder le cinéma français à partir de Paris, Texas de Wim Wenders

Revoir Paris, Texas aujourd’hui donne tragiquement la mesure de tout ce qui manque lorsqu’on voit un film français aujourd’hui à de rares exceptions près, la capacité d’un corps à résonner avec un paysage, des corps prolétaires qui ne soient pas le support d’un parti politique (nous pensons à la fiche Wikipedia d’un jeune producteur dont les axes de travail ressemblent au programme d’un parti progressiste, alors qu’il donne une esthétique publicitaire à la misère), mais le dévoilement du mouvement du monde (ce qui peut parfois le changer : comme dit Yves Ansel, dans Le rouge et le noir, pour la première fois dans l’art occidental, une femme s’empare de livres qui parlent d’amour et de liberté), des gestes d’amour qui ne relèvent pas de la soumission, mais d’un certain rapport au bras, à la bouche, aux fesses ou aux seins de l’aimée…

La sortie au cinéma d’une version restaurée de Paris, Texas est une fête pour les pupilles qui plongent dans le désert Mojave où une âme en peine (Harry Dean Stanton) fuit sa honte. Son frère appelé à la rescousse apprend à ce vagabond qu’il héberge le fils de celui-ci déposé par sa mère quelques années plus tôt. Le père part à la recherche de la femme (la belle belle belle Nastassja Kinski, qui d’Aguirre à Paris, Texas raconte avec Hanna Schygulla toute l’histoire du cinéma allemand d’après-guerre) pour lui rendre leur enfant.

L’alchimie réunit Robby Müller (Breaking the waves, Ghost Dog) et Agnès Godard à l’image, Ry Cooder à la gratte qui arrache le coeur, la future grande réalisatrice Claire Denis à l’assistanat, Anatole Dauman à la production et l’écrivain Sam Shepard au scénario, rappelé en court de tournage en raison d’un vide d’air dans l’histoire. L’écrivain écrit alors la scène du “strip-tease” en quelques heures.

La promenade dans le désert Mojave, qui célèbre la morale de la marche, ouvre des potentialités infinies au cinéma hexagonal. Que signifie la sauvagerie des vagues à la Pointe du Raz et l’aridité du Causse Méjean ou de l’île du Frioul à Marseille ? Que signifie marcher dans le quartier du Panier à Marseille où une plaque apposée dans la rue principale vante la mixité des prolétaires marseillais, des immigrés arabes et des bobos alors que cette mixité ne s’observe pas dans les rues ? Que signifie marcher à Locuon en Bretagne au milieu d’une ancienne carrière romaine et s’émouvoir du bruit d’une fontaine dont l’émergence a peut-être transformé l’usage du site en lieu de recueillement ? Que signifie assister à la finale de la Coupe du monde et entendre de jeunes gens avinés dire que Benzema roule pour l’Algérie, alors que ce sportif de haut niveau est à l’origine de 5 des 10 buts de l’équipe de France ? Que signifie pour un juif français d’être injustement accusé d’être responsable de la politique israélienne ? Il y a toujours pour les coeurs vaillants un Radeau de la méduse à portée de pinceau, de caméra ou de plume.

PARIS TEXAS (3) par Telerama_BA

Rétrospective Gonzalo Garcia Pelayo au Jeu de Paume : le goût de la vulve


Gonzalo Garcia Pelayo est le cinéaste de la contemplation du sexe féminin détaché de ses fonctions reproductives, et du lien entre cette pratique et l’avènement d’une société libre, le tournage de son premier film Manuela étant contemporain en 1975 de la mort de Franco, ce « petit et joyeux événement » célébré par Michel Foucault. C’est d’ailleurs par un flamenco sur tombe qu’ouvre le film : Manuela enflamme l’assistance masculine portant le corps du notable local assassin de son père pauvre braconnier, en se déhanchant sur le tombeau familial du défunt.
La rétrospective organisée par le Jeu de Paume est l’occasion de découvrir l’œuvre importante de ce cinéaste auteur de cinq films de 1975 à 1982, puis d’un film réalisé l’an dernier, Alegrias de Cadiz, après trente ans de parcours sans caméra. Il connaît le succès dès son premier film Manuela, qui attire 1,2 million de spectateurs et marque profondément plusieurs générations de cinéastes comme Almodovar et Bunuel, lequel s’inspire du fait que le rôle féminin est tenu par deux femmes (la danseuse de flamenco et la divine Charo Lopez) pour son ultime film, Cet obscur objet du désir.
Le spectateur habitué au schéma courant du cinéma français, pourquoi faire l’amour à ma femme alors que je désire ma maîtresse, doit ici s’adapter au schéma récurrent du cinéma espagnol, pourquoi faire l’amour à ma femme alors qu’elle est taboue, c’est-à-dire à la fois interdite et impure. C’est le cas de cette Manuela que tout le monde désire mais si peu touche, du propriétaire terrien des environs (Fernando Rey, qui reprend avec sa fière allure un rôle comparable à celui du Tristana de Bunuel en homme obsédé par une femme inaccessible) au fils de son compagnon, pour mener le film vers une audace politique qui a peu d’équivalents dans le cinéma contemporain, à part peut-être Hallo Papi de Salma Cheddadi, où une jeune femme allemande, Jana Jacob, appelait par téléphone, en déambulant en petite culotte dans son appartement, l’amour et le sexe de son père, vivant en Thaïlande.
Pelayo mêle le flamenco rock au western, à la caméra-stylo de Jean Rouch et à l’élégie cubiste des femmes des films de Godard qui l’ont probablement nourri durant ses deux à trois années de fréquentation de la Cinémathèque parisienne. Il invente un style de cinéma profondément personnel, élégiaque et érotique qui culmine avec Vivre à Séville, emblématique de la Movida sévillane. Il compose la symphonie d’une ville en jouant de la sensualité de ses habitants, de la Semaine sainte jusqu’à l’orgasme final du héros sur le corps de la femme aimée : « mon constant désir est de me dissoudre en toi ». Cette phrase pourrait être partagée par tous les héros masculins de ses films, transportés par le spectacle du sexe de leur compagne, rêvant de lait, de sécrétions circulant librement, et de corps de femmes libérés du devoir de reproduction et de sacrifice maternel rêvé par toutes les dictatures.
Viv(r)e la vie ! Symphonie underground, le cinéma de Gonzalo Garcia Pelayo, jusqu’au 6 avril 2014.

L’Anglaise et le Duc d’Eric Rohmer mise à nu par ses créateurs

Avoir la chance de voir L’Anglaise et le Duc, le film le plus ambitieux d’Eric Rohmer, commenté par le peintre Jean-Baptiste Marot et la productrice du film, Françoise Etchegaray, en compagnie des auteurs de la biographie d’Eric Rohmer, Antoine de Baecque et Noël Herpe, au Champo, est un luxe qui ne se refuse pas.

Le peintre est venu présenter des reproductions de quelques-uns des 36 tableaux à l’huile de format “télévision 16/9e” qu’il réalisa durant un an et demi (‘on m’a ôté les pinceaux quelques heures avant le tournage, alors que les toiles n’étaient pas sèches”) pour servir de décor aux scènes extérieures du film tourné en 2001, alors que la technologie d’incrustation de personnages dans un décor virtuel était balbutiante. Il a composé en s’inspirant des tableaux de l’époque et des travaux d’historiens sur les bâtiments et les rues de Paris, un inoubliable paysage du Paris révolutionnaire (rue de Miromesnil sur laquelle s’achevait Paris à l’époque, Place Louis XV devenue de la Concorde, Eglise Saint-Roch…).

La productrice Françoise Etchegaray est revenue sur la genèse du film, liée à la curiosité du cinéaste pour les techniques d’incrustation qu’il expérimente lors du tournage d’un clip avec Arielle Dombasle, et à la lecture d’un article dHistoria sur les mémoires de Grace Elliott, une courtisane royaliste, maîtresse du Prince de Galles, futur Georges IV, et du Duc d’Orléans en France, qui a traversé la Révolution Française tout en soutenant la Monarchie, se faisant arrêter pour une lettre écrite par un Anglais, avant d’être libérée et de finir ses jours en France, entretenue par le Maire de Ville d’Avray.

Aux remarques malicieuses d’Antoine de Baecque sur l’expression du conservatisme politique du cinéaste dans le film, Françoise Etchegaray rétorque qu’Eric Rohmer n’a jamais pris de parti public en matière de politique, et qu’il voulait faire un film sur la Révolution différent du point de vue habituel qui prenait le parti des Révolutionnaires : “Ce n’est pas la peine de faire un film que Griffith et Renoir (La Marseillaise) ont fait mieux que moi”. C’est peu dire que le récit épouse la cause de la monarchie, présentant le monde de l’aristocratie comme celui de la beauté et de l’élégance, et le peuple comme un ramassis de bouseux violents et concupiscents, rêvant de guillotine, de cuisse d’aristocrate, de décapitation et de tribunal expéditif. La mise en scène de certaines scènes semble tellement inspirée des crimes commis au XXe siècle au nom de la révolution qu’elle rappelle la remarque de l’historien Jean-Clément Martin à un jeune homme qui insistait sur les viols commis par l’armée républicaine à la fin du XVIIIe siècle :”La Révolution Française, ce n’est tout de même pas la guerre en Bosnie”.

Il reste un document exceptionnel, dernier succès du cinéaste qui rêvait à 80 ans d’un tournage à la Griffith. L’Anglaise et le duc reçut des critiques dithyrambiques dans le monde entier, dont le Los Angeles Times qui titra au sujet des effets spéciaux “better than Lucas and Spielberg : Rohmer“. La technologie numérique encore balbutiante blanchit les peaux et transforme les ombres en taches, mais ce portrait haut en couleur, comme toujours chez Rohmer d’une femme amoureuse et déterminée révoltée par la lâcheté des hommes, portée par une grande Lucy Russell, face à des hommes écartelés entre raison et sentiments, porte bien sur la naissance d’un nouveau monde.

Intégrale Eric Rohmer au Champo, jusqu’au 14 janvier 2014

Le samedi 11 janvier, débat entre Noël Herpe et Virginie Thévenet suivi de la projection du film LES NUITS DE LA PLEINE LUNE 1984 1h42

Le mardi 14 janvier, Débat mené par Antoine de Baecque avec Andy Gillet et Serge Renko précédé de la projection du film LES AMOURS D’ASTREE ET CELADON 2007 1h49

Biographie d’Eric Rohmer, par Antoine de Baecque et Noël Herpe, Editions Stock, 604 pages.

Pasolini Roma à la Cinémathèque française : symphonie des lucioles

C’est un événement à la hauteur du dernier très grand cinéaste italien, Pier Paolo Pasolini (1922-1975), qui fait l’objet d’une exposition et d’une rétrospective à la Cinémathèque française, auteur du plus beau film sur le prolétariat italien (Mamma Roma avec Anna Magnani en prostituée romaine et son délinquant de fils sacrifié), du plus beau film sur la vie du Christ (La passion selon Saint-Matthieu) et du film le plus effrayant de l’histoire du cinéma (Salo et les 120 jours de Sodome d’après Sade et son fameux “mangia la merda del commandante”).

L’exposition retrace le parcours du cinéaste poète de son arrivée à Rome à 28 ans et la découverte d’un érotisme libre et païen, la parution de son premier roman, le travail de scénariste pour les grands cinéastes de l’époque (Fellini et le magnifique Bel Antonio de Bolognini), son amitié avec Laura Betti qui interprétera ses chansons, la maîtrise du langage cinématographique dès son premier film Accattone, son histoire d’amour avec Ninetto Davoli, les innombrables procès pour outrage dont il fut l’objet, son rejet de mai 68 qu’il condamne comme une révolte de fils de bourgeois, son amitié amoureuse avec la Callas puis son assassinat irrésolu à ce jour sur une plage des environs de Rome.

La partie relative aux procès dont Pasolini fut l’objet est la plus impressionnante dans un pays où la “mise en danger” vantée par de nombreux artistes peut faire rire en comparaison avec l’acharnement dont fut victime le cinéaste italien, condamné par exemple à quatre mois de prison pour “outrage au concept religieux” dans La Ricotta, dans lequel le comédien chargé d’interpréter le Christ regarde avec lascivité la comédienne chargée du rôle de Marie-Madeleine agiter les seins au milieu de l’équipe technique.

Le poète attaché au peuple dont il était issu attaqua dans un article avec une rare violence en 1975 la dérive de la société italienne et occidentale, déplorant la disparition des lucioles réelles et imaginaires et déplorant la continuité entre le fascisme et le régime démocrate-chrétien qui impose une adhésion totale à son modèle, et une “assimilation totale au mode et à la qualité de vie de la bourgeoisie”.

Revisiter le cinéma de Pasolini, c’est éprouver la manière dont le cinéaste filme l’homme du peuple comme un personnage sacré, ce que seuls les Dardenne semblent être en mesure de faire dans le cinéma contemporain, approcher la soif de jouissance et le bonheur dans le mal constitutif de la condition humaine au XXe siècle, et surtout s’immerger dans le merveilleux gay savoir des “merveilleux dialogues de la rue pour recevoir le style par quoi l’humain se révèle dans l’homme” (Lacan, Discours de Rome).

Pasolini Roma, jusqu’au 26 janvier 2014 à la cinémathèque française

Survivance des lucioles de Georges Didi-Huberman, Editions de minuit

Cinq émissions de Denisa Kerschova consacrées à l’exposition Pasolini Roma, écouter notamment le générique d’Uccellacci e uccellini et les chansons de Giovanna Marini, les musiques de Bach, Vivaldi, Scarlatti… utilisées dans La passion selon Saint-Matthieu, la Mandolinate d’Ennio Morricone pour son film La terre vue de la lune et le Lamento per la morte di Pasolini.

Plein soleil de René Clément : le génie du ressentiment

Michael Douglas s’étonne encore d’être abordé dans la rue par de jeunes loups de la finance qui lui annoncent fièrement avoir choisi ce métier après l’avoir vu dans Wall Street où il interprète un parfait salaud.

C’est lui le premier salaud adorable du cinéma, Tom Ripley, for ever Alain Delon en 1960, point de jonction entre le cinéma de papa incarné par le cinéaste René Clément, dans lequel le personnage est mu par des passions à sens unique (honneur, amour, hubris, lutte des classes, etc.), et le cinéma moderne de l’ambiguïté.

Le cinéaste est dépassé par le grand roman pervers de Patricia Highsmith qui décrit un jeune homme cynique servant de faire-valoir à un Californien en virée à Rome dont il va usurper l’identité. René Clément préserve in extremis la morale quand l’auteure choisit la victoire mais qu’importe, il invente Alain Delon en lui donnant son premier grand rôle, sublimé par la rigueur et les gammes de bleu de la caméra d’Henri Decae qui rappellent la peinture de Matisse et éclairent parfaitement les yeux de Delon et Maurice Ronet, et la musique de Nino Rota, notamment dans la scène où il marche avec l’orgueil d’un empereur romain entre les étals du marché de Mongibello (en fait la commune d’Ischia Ponte).

Plein soleil est le portrait de la jeunesse qui émerge après-guerre, narcissique, violente et apolitique, petite soeur du Caravage et d’une société envieuse. Tom Ripley ne se contentera pas des 5 000 dollars promis par le père du jeune millionnaire s’il le ramène en Californie : il veut les tenues de son souffre-douleur, son argent, sa petite amie (sublime Marie Laforêt)…

La grande figure qui émerge avec le Tom Ripley de Delon, c’est le héros ambitieux mu par le ressentiment, descendant du Julien Sorel du Rouge et le noir, propre aux époques où un certain niveau d’éducation croise de grandes frustrations sociales et économiques pour créer un cocktail explosif. Contrairement au film noir américain des années 40 et 50 où l’ambition est avalée par le broyeur social, Plein soleil filme l’ascension d’un cynique qui sans se démarquer de son habitus de plouc (Maurice Ronet lui fait remarquer qu’il n’y a rien de plus vulgaire que de vouloir paraître distingué lorsqu’on est pauvre), épouse les pratiques des maîtres du monde pour vivre parmi eux. Comme Martin Heidegger lisant selon son compatriote Jacob Taubes les sources à neuf en raison de son ressentiment, Tom Ripley personnifie les envieux qui révolutionneront le capitalisme après-guerre, marqué par la ruse et une constante adaptabilité. Petits et grands génies, c’est plein soleil que toute l’équipe de Cinéma dans la Lune vous souhaite de charmantes vacances.

Plein soleil 1960 par le-pere-de-colombe

Tess de Roman Polanski : l’insoutenable impureté du monde

C’est la plus belle réussite esthétique de Roman Polanski qui sort en version restaurée aujourd’hui. C’est le film-testament du cinéaste à sa femme assassinée (Tess est dédié à Sharon Tate) et à l’Amérique qu’il venait de fuir. C’est une déclaration d’amour à Nastassja Kinski et le plus grand rôle de la comédienne allemande.

Tess est le cousin de quatre ans le cadet de Barry Lyndon dans le film à costume, le second étant consacré à un ambitieux broyé par ceux auxquels il voulait ressembler, le premier à une idéaliste broyée par ceux auxquels elle ne voulait surtout pas ressembler.

La pauvre Teresa (Tess) grandit dans une famille pauvre du Pays de Galle à la fin du XIXe siècle. Son pauvre métayer de père ne se sent plus d’apprendre que sa famille descend d’une famille de la lignée de la grande aristocratie (d’Urbeville) qui a accompagné Guillaume le Conquérant. Il envoie la jeune fille chez des parvenus qui ont acquis le nom de sa famille. Le belître fils de sa mère l’engrosse, elle repousse ses assauts, retourne à sa misère, perd son enfant, part dans une autre famille, s’amourache d’un idéaliste bourgeois qui lit Karl Marx pour exister face à son père Pasteur et se carapate en apprenant le passé de la jeune femme… L’idéaliste Tess ne se remettra jamais de son excès de franchise et de la part de mensonges nécessaires pour vivre.

Stanley Kubrick taquinait Gainsborough pour Barry Lyndon, Polanski emprunte à Jean-François Millet pour filmer la Presqu’île du Cotentin (Millet est natif de Gruchy dans le pays de la Hague) et les villages bretons qui ressemblent aux paysages du Pays de Galle où est censée se passer l’intrigue. Le chef-opérateur Ghislain Cloquet tourne l’un de ses plus beaux films depuis Les demoiselles de Rochefort avec Tess, qui lui vaudra l’Oscar de la meilleure photographie.

Tess est un régal pour les yeux et les sens, le grand film mélancolique d’un cinéaste universel qui aura côtoyé l’horreur et abusé de très jeunes femmes tout en offrant plusieurs portraits de femmes courageuses confrontées à la violence des hommes, de Répulsion à La Jeune fille et la mort, mais aussi dansRosemary’s baby et Lunes de fiel (Mizoguchi dénonçait la condition des prostituées qu’il fréquentait, Bergman filmait des femmes ravagées par l’infidélité de leur compagnon tout en trompant ses compagnes…). C’est aussi l’autoportrait déguisé (“Madame Bovary, c’est moi” disait Flaubert) d’un idéaliste qui ne s’est jamais résolu à l’impureté du monde et à la résignation de tant d’hommes de perdre leurs illusions.


TESS : BANDE-ANNONCE Full HD de Roman Polanski par baryla

Fritz Lang et les pulsions de meurtre à l’Action Ecoles

M le Maudit

Une étude menée aux Etats-Unis a révélé qu’il y avait moins d’incidents les vendredis soirs où sortaient des films d’horreur. L’anecdote aurait amusé le grand Fritz Lang (1890-1976), qui a bien tutoyé l’horreur pour avoir été toute sa vie accusé de la mort de sa femme retrouvée morte d’une balle dans la poitrine alors qu’il fréquentait sa maîtresse, Thea von Harbou, qui allait quant à elle devenir l’une des scénaristes les plus en vue du cinéma nazi.

Voilà un homme hanté par la violence et la culpabilité qui s’enfuit d’Allemagne en 1933 après que Goebbels lui ait proposé de prendre les rênes du cinéma allemand. A la remarque de Fritz Lang indiquant que les parents de sa mère étaient juifs, le Ministre de la Propagande aurait répondu “C’est moi qui décide qui est juif dans ce pays.”

Voilà Fury, ou la tentative de lynchage d’un homme ordinaire (Spencer Tracy) par la foule d’une petite ville américaine qui le prend pour un kidnappeur, puis la vengeance de cet homme qui se cache pour faire pendre ses agresseurs.

Voilà M le Maudit (photo), une métaphore de la montée du nazisme en Allemagne, où une ville entière se ligue contre un assassin d’enfant rongé par ses pulsions (incroyable Peter Lorre).

Voici La cinquième victime, où un jeune patron de presse ambitieux met en concurrence trois journalistes pour le poste de rédacteur en chef en offrant le poste à celui qui trouvera l’assassin qui sévit en ville.

Voici le très fétichiste Le secret derrière la porte, où Joan Bennett superbement éclairée par l’un des plus grands opérateurs américains, Stanley Cortez, épouse un homme bizare qui reproduit des scènes de crime dans sa maison.

Voilà Les bourreaux meurent aussi, où Fritz Lang et son scénariste Bertolt Brecht se vengent en 1943 des nazis qui les ont rendus apatrides et mettent l’Europe à feu et à sang dans une histoire remarquablement menée de résistance dans Prague occupée par les nazis.

Fritz Lang, ou l’homme qui a révélé que le cinéma était le seul endroit, avec le sport et aujourd’hui les jeux vidéo, où pouvait s’exprimer légalement la violence.

Action Ecoles, 23 rue des Ecoles, 75005 Paris,

Fury, le mardi 2 mars, 14 h, 16 h, 18 h, 20 h, 22 h

M Le Maudit, mercredi 3 mars, 14 h, 16 h, 18 h, 20 h, 22 h

La cinquième victime, le 4 mars, 14 h, 16 h, 18 h, 20 h, 22 h

Désirs humains, le 5 mars, 14 h, 16 h, 18 h, 20 h, 22 h

Le démon s’éveille la nuit, le 6 mars, 14 h, 16 h, 18 h, 20 h, 22 h

Le secret derrière la porte, le 7 mars, 14 h, 16 h, 18 h, 20 h, 22 h

Les bourreaux meurent aussi, le 8 mars, 14 h, 16 h 30, 19 h, 21 h 30

Le testament du docteur Mabuse, le 9 mars, 14 h, 16 h, 18 h, 20 h, 22

M le Maudit
Une étude menée aux Etats-Unis a révélé qu’il y avait moins d’incidents les vendredis soirs où sortaient des films d’horreur. L’anecdote aurait amusé le grand Fritz Lang (1890-1976), qui a bien tutoyé l’horreur pour avoir été toute sa vie accusé de la mort de sa femme retrouvée morte d’une balle dans la poitrine alors qu’il fréquentait sa maîtresse, Thea von Harbou, qui allait quant à elle devenir l’une des scénaristes les plus en vue du cinéma nazi.
Voilà un homme hanté par la violence et la culpabilité qui s’enfuit  d’Allemagne en 1933 après que Goebbels lui ait proposé de prendre les rênes du cinéma allemand. A la remarque de Fritz Lang indiquant que les parents de sa mère étaient juifs, le Ministre de la Propagande aurait répondu  “C’est moi qui décide qui est juif dans ce pays.”
Voilà Fury, ou la tentative de lynchage d’un homme ordinaire (Spencer Tracy) par la foule d’une petite ville américaine qui le prend pour un kidnappeur, puis la vengeance de cet homme qui se cache pour faire pendre ses agresseurs.
Voilà M le Maudit (photo), une métaphore de la montée du nazisme en Allemagne, où une ville entière se ligue contre un assassin d’enfant rongé par ses pulsions (incroyable Peter Lorre).
Voici La cinquième victime, où un jeune patron de presse ambitieux met en concurrence trois journalistes pour le poste de rédacteur en chef en offrant le poste à celui qui trouvera l’assassin qui sévit en ville.
Voici le très fétichiste Le secret derrière la porte, où Joan Bennett superbement éclairée par l’un des plus grands opérateurs américains, Stanley Cortez, épouse un homme bizare qui reproduit des scènes de crime dans sa maison.
Voilà Les bourreaux meurent aussi, où Fritz Lang et son scénariste Bertolt Brecht se vengent en 1943 des nazis qui les ont rendus apatrides et mettent l’Europe à feu et à sang dans une histoire remarquablement menée de résistance dans Prague occupée par les nazis.
Fritz Lang, ou l’homme qui a révélé que le cinéma était le seul endroit, avec le sport et aujourd’hui les jeux vidéo, où pouvait s’exprimer légalement la violence.
Action Ecoles, 23 rue des Ecoles, 75005 Paris,
Fury, le mardi 2 mars, 14 h, 16 h, 18 h, 20 h, 22 h
M Le Maudit, mercredi 3 mars, 14 h, 16 h, 18 h, 20 h, 22 h
La cinquième victime, le 4 mars, 14 h, 16 h, 18 h, 20 h, 22 h
Désirs humains, le 5 mars, 14 h, 16 h, 18 h, 20 h, 22 h
Le démon s’éveille la nuit, le 6 mars, 14 h, 16 h, 18 h, 20 h, 22 h
Le secret derrière la porte, le 7 mars, 14 h, 16 h, 18 h, 20 h, 22 h
Les bourreaux meurent aussi, le 8 mars, 14 h, 16 h 30, 19 h, 21 h 30
Le testament du docteur Mabuse, le 9 mars, 14 h, 16 h, 18 h, 20 h, 22

M le Maudit

Une étude menée aux Etats-Unis a révélé qu’il y avait moins d’incidents les vendredis soirs où sortaient des films d’horreur. L’anecdote aurait amusé le grand Fritz Lang (1890-1976), qui a bien tutoyé l’horreur pour avoir été toute sa vie accusé de la mort de sa femme retrouvée morte d’une balle dans la poitrine alors qu’il fréquentait sa maîtresse, Thea von Harbou, qui allait quant à elle devenir l’une des scénaristes les plus en vue du cinéma nazi.

Voilà un homme hanté par la violence et la culpabilité qui s’enfuit d’Allemagne en 1933 après que Goebbels lui ait proposé de prendre les rênes du cinéma allemand. A la remarque de Fritz Lang indiquant que les parents de sa mère étaient juifs, le Ministre de la Propagande aurait répondu “C’est moi qui décide qui est juif dans ce pays.”

Voilà Fury, ou la tentative de lynchage d’un homme ordinaire (Spencer Tracy) par la foule d’une petite ville américaine qui le prend pour un kidnappeur, puis la vengeance de cet homme qui se cache pour faire pendre ses agresseurs.

Voilà M le Maudit (photo), une métaphore de la montée du nazisme en Allemagne, où une ville entière se ligue contre un assassin d’enfant rongé par ses pulsions (incroyable Peter Lorre).

Voici La cinquième victime, où un jeune patron de presse ambitieux met en concurrence trois journalistes pour le poste de rédacteur en chef en offrant le poste à celui qui trouvera l’assassin qui sévit en ville.

Voici le très fétichiste Le secret derrière la porte, où Joan Bennett superbement éclairée par l’un des plus grands opérateurs américains, Stanley Cortez, épouse un homme bizare qui reproduit des scènes de crime dans sa maison.

Voilà Les bourreaux meurent aussi, où Fritz Lang et son scénariste Bertolt Brecht se vengent en 1943 des nazis qui les ont rendus apatrides et mettent l’Europe à feu et à sang dans une histoire remarquablement menée de résistance dans Prague occupée par les nazis.

Fritz Lang, ou l’homme qui a révélé que le cinéma était le seul endroit, avec le sport et aujourd’hui les jeux vidéo, où pouvait s’exprimer légalement la violence.

Action Ecoles, 23 rue des Ecoles, 75005 Paris,

Fury, le mardi 2 mars, 14 h, 16 h, 18 h, 20 h, 22 h

M Le Maudit, mercredi 3 mars, 14 h, 16 h, 18 h, 20 h, 22 h

La cinquième victime, le 4 mars, 14 h, 16 h, 18 h, 20 h, 22 h

Désirs humains, le 5 mars, 14 h, 16 h, 18 h, 20 h, 22 h

Le démon s’éveille la nuit, le 6 mars, 14 h, 16 h, 18 h, 20 h, 22 h

Le secret derrière la porte, le 7 mars, 14 h, 16 h, 18 h, 20 h, 22 h

Les bourreaux meurent aussi, le 8 mars, 14 h, 16 h 30, 19 h, 21 h 30

Le testament du docteur Mabuse, le 9 mars, 14 h, 16 h, 18 h, 20 h, 22