Vincent n’a pas d’écailles de et avec Thomas Salvador : dans l’utérus du monde

Le très beau film de Thomas Salvador généreux, poétique, vert et burlesque comme son auteur, est une histoire de super-héros pour changer de “Tutu se demande s’il couchera avec Tata ou Titi” et pour secouer les corps dans une nature enchanteresse et utérine.

Quelques notes de flûte annoncent la tristesse du moyen héros de la vie parisienne qui s’exile en Provence pour vérifier que “la misère est moins pénible au soleil”, et où le contact de l’eau décuple ses forces. Il embouche la belle Lucie (l’extraordinaire circassienne Vimala Pons) entre deux ports de parpaings, sauve son ami chahuté par des voyous puis échappe à la gendarmerie dans la course-poursuite à pied la plus réjouissante depuis Liberty de Laurel et Hardy.

Auteur d’une série d’excellents courts-métrages (notamment l’extraordinaire De sortie), Thomas Salvador se lance dans le long avec ses effets spéciaux mécaniques et quelques gommages de filin sous forme d’éloge des handicapés sociaux. Le souvenir de Tati, Buster Keaton, Leone et Monteiro portent la fuite en avant du héros qui embouche les jolies filles comme Spider Man, sauve les copains comme Clint Eastwood et traverse les océans comme le héros d’Est-Ouest. Le plus réjouissant est bien sûr de voir Thomas Salvador passer une heure de film dans à peu près tout ce qui peut faire eau en France, lac, rivière, baignoire, bassin, bac, fossé et des moins propres, et le plaisir communicatif comme ma petite fille dans son bain.


Vincent n’a pas d’écailles (2014) – Bande… par Eklecty-City


Vincent n’a pas d’écailles (2014) – Bande… par Eklecty-City

Florence Henri au Jeu de Paume : la composition du sens

L’importance de la citoyenne du monde Florence Henri (1893-1982) née à New-York d’un père français et d’une mère allemande, pianiste et peintre, élève du Bauhaus puis photographe reconnue à Paris où elle était très admirée par Maholy-Nagy, esthète androgyne amoureuse des compositions géométriques et des formes féminines, se mesure dans le parcours des 130 tirages d’époque exposés par le Jeu de Paume.

La photographe se plonge dans le bain de la créativité à Berlin où elle rencontre Varèse, Hans Richter et Maïakovsky, suit les cours de Paul Klee et Kandinsky au Bauhaus de Weimar, puis prolonge la bohème à Paris où elle fréquente Mondrian, le couple Delaunay et crée son studio aussi bien fréquenté que celui de Man Ray (elle donne notamment des cours à Gisèle Freund et Lisette Model). Ses recherches cubistes sur objets et miroirs évoluent vers la publicité puis des portraits qui occupent tout le cadre et des nus débordant de sensualité.

Le théoricien hongrois Laszlo Moholy-Nagy exprimait ainsi son admiration pour l’artiste : “Avec les photographies de Florence Henri la pratique de la photographie aborde une nouvelle phase d’une toute autre ampleur que ce qu’il aurait été possible d’imaginer jusque ici. Au-delà de la composition documentaire, précise, exacte, des photographies définies à l’extrême, la recherche de l’effet de lumière est abordée non seulement dans les photogrammes abstraits, mais aussi dans les photographies de sujets concrets. Toute la problématique de la peinture manuelle est assumée dans le travail photographique et, à l’évidence, se trouve considérablement élargie par le nouvel instrument optique.”

La photographe affirmait vouloir “composer une image comme avec la peinture. Il faut que les volumes, les lignes, les ombres et la lumière obéissent à ma volonté et disent ce que je veux leur faire dire“. Ce propos qui pourrait paraître banal aujourd’hui est un programme révolutionnaire pour une artiste qui s’impose dès les années 20 par une manière inoubliable de capter le pouvoir entêtant du visage et la puissance du corps fantasmé et de l’accessoire dans le langage et l’érotisme contemporains.

Florence Henri, Miroir des avant-gardes, au Jeu de Paume du 24 février au 17 mai 2015

Taryn Simon au Jeu de Paume : Archéologie du bruit de fond

Le travail exceptionnel de l’artiste américaine Taryn Simon née en 1979 sur l’archéologie des bruits de fond contemporains fait l’objet d’une exposition incontournable au Jeu de Paume : mise en scène d’innocents sur la scène de crimes pour lesquels ils furent condamnés à de lourdes peines (The innocents, 2002), mise à jour des béances révélées par les secrets de l’Amérique contemporaine (An American Index of the Hidden and Unfamiliar, 2007 : centre de chirurgie esthétique pour pratiquer des hyménoplasties, luminosité des radiations dégagées par les déchets nucléaires enfouis à Hanford, fantasme d’éternité dans l’unité de cryoconservation de Clinton Township, définition d’un art officiel en Amérique par l’achat par la CIA d’oeuvres d’art abstrait considérées comme pro-américaines…), composition de portraits de familles broyées par l’histoire ou tentant de vivre après la violence de l’histoire (Indiens expropriés, descendants allemands d’un proche conseiller de Hitler amateur d’art, famille chinoise arbitrairement désignée comme La famille chinoise par la propagande d’Etat…).

L’artiste offre à ses modèles un cadre monumental pour soulever leurs souffrances à hauteur de l’histoire de l’art comme savaient si bien le faire les peintres italiens du Quattrocento. Ses oeuvres mêlent photographie, compositions picturales et textes pour mettre à jour l’archéologie des discours qui font le monde contemporain, quel que soit le régime politique qui les porte. Taryn Simon introduit même ses échecs à son travail en exposant le fax de réponse de l’entreprise Disney à sa volonté de travailler dans les sous-sols des parcs d’attraction, où le personnel fait tomber les masques de Mickey et Pluto et gère les déchets : l’artiste n’est pas bienvenue sous prétexte que la “violence des temps présents” nécessite de préserver la “fantasy”.

Taryn Simon, vues arrière, nébuleuse stellaire et le bureau de la propagande extérieure, du 24 février au 17 mai 2015

American Sniper de Clint Eastwood : la place du Maure

Une filmographie consacrée à la place que chacun prend fatalement aux autres en amour (Sur la route de Madison : une femme du Midwest reste avec son homme plutôt que de vivre son grand amour), en affaires (Impitoyable : de vieux cowboys sont embauchés pour venger une prostituée tailladée pour avoir moqué la petite taille du pénis d’un client) en famille (Million dollar baby : un entraîneur machiste de boxe entraîne une jeune femme ambitieuse qui occupe la place de sa fille qui refuse de le voir) ou en amitié (Mystic River : Sean Penn protège son clan jusqu’à l’abjection en sacrifiant son ami d’enfance devenu marginal après avoir été enlevé devant ses yeux par des pédophiles) donne le champ à l’in-vu du cinéma américain, l’arabe bombardé, torturé et transformé en animal, que Clint Eastwood a la dignité d’élever au rang de héros de son clan par le pendant de son American Sniper en la personne de Mustafa, sniper syrien au service des Irakiens martyrisés.

Le film consacré à un redneck texan patriote héros absolu de l’armée américaine pour avoir tué de 160 à 255 Irakiens selon la source, assassiné par un vétéran fragile alors qu’il l’accompagnait sur un terrain de tir, n’est certainement pas un éloge de l’invasion de l’Irak par les Américains à laquelle le cinéaste s’est opposé. American sniper est l’histoire d’un désastre annoncé où la guerre arme les enfants et transforme de braves types de tous les pays en bouchers, et où le moins pire protège les siens.

Un enfant élevé par son père en chasseur et en “chien de berger” dans un monde que le paternel divise en loups et moutons se transforme en bête (Bradley Cooper excellent en reconversion du burlesque vers l’Acting). Le jeune homme rencontre fatalement une belle (Sienna Miller) lassée de la sueur à soldat, mais attendrie par la gentillesse de son plouc. Elle déchante lorsque son bonhomme plonge dans le bain irakien et le combat de rue (filmé au Maroc comme il se doit aujourd’hui pour filmer les “pays arabes”) dont il reviendra bien amoché. Le cinéaste transforme le geste du héros en épopée lorsqu’il s’agit d’abattre son ennemi-miroir à 1,6 kilomètre tout en luttant contre 150 ennemis comme dans le film de propagande d’Inglourious Basterds et une tempête de sable numérique. C’est dans ce brouillard de sable que se lit le mieux le désastre de la politique arabe des Etats-Unis et de leurs alliés depuis un certain nombre d’années.

Jeanne Cherhal en concert à Pantin : le pouvoir de la vulve

Bête de scène toute en jambe, parolière et compositrice talentueuse du concept album Histoire de J., originellement nantaise, maîtresse de cérémonie au bonheur de la ville qu’elle appelle “Pan-Pan”, la Jeanne arquée avait donc tous les atouts pour figurer haut dans les lignes de Cinéma dans la lune.

Elle décline en concert un programme de jouissance féminine où le désir croît de s’exprimer et de mettre ses caprices au service de la fiction du couple : appel à l’échappée amoureuse pour mieux se poursuivre (L’échappé : “je te cours pour le plaisir/pour faire durer le désir/pour que dans mille ans tu m’échappes encore”), à la compassion pour les damnés de la terre (Noxolo sur le meurtre sauvage d’une lesbienne sud-africaine) domestication du phallus (Quand c’est non c’est non), désir de pénis en connivence avec le désir de vulve (Cheval de feu), désir d’enfant (le très beau Comme je t’attends sur l’attente de l’enfant chez la femme enceinte : “mon amour si tu savais comme je t’attends/ à la nuit tendre au petit jour/ je pense à toi tout le temps”), demande d’indulgence pour les caprices d’artiste vivant dans la mythologie de Van Gogh (L’oreille coupée : “Je suis pénible et fatigante… et malgré tout ça tu es toujours là/redis-moi pourquoi tu ne t’enfuis pas”).

Entourée de ses “chevelus” comme elle appelle ses trois musiciens gentiment amoureux de la Belle, Jeanne Cherhal s’éclate sur son Bösendorfer, paie l’hommage à Véronique Sanson, passe du tailleur-pantalon immaculé à la robe paillette pour entonner son chant d’amour sous forme d’invite aux hommes à considérer que de tous leurs adversaires, la femme n’est certainement pas le pire.

Histoire de J. en tournée

Mon fils (Dancing Arabs) de Eran Riklis : la construction du même

Bas les fouets, le cinéma c’est une jolie Israélienne (Danielle Kitzis) qui embouche en classe son Palestinien (Tawfeek Barhom) de copain qui déplore en cours de lettres l’image catastrophique de son peuple dans la littérature israélienne qui le réduit à l’état de bête animée par le bout de son phallus. D’après plusieurs récits de l’auteur Sayed Kashua, Dancing arabs raconte l’histoire d’un jeune arabe surdoué qui intègre un lycée de l’élite de Jérusalem où le programme de fraternité communautaire l’amène à s’occuper d’un jeune homme atteint d’atrophie musculaire. Le scénario flirte avec les bons sentiments pour s’agripper aux rugosités qui font le meilleur du cinéma d’Eran Riklis, auteur du merveilleux Les citronniers, dans lequel Hiam Abbass tentait de sauver ses arbres jugés menaçants par son voisin de Ministre israélien de la Défense.

Les meilleures scènes croisent l’histoire du jeune homme et de la mère du jeune handicapé (la très émouvante Yaël Abecassis, comédienne de Kadosh et Va, vis et deviens) qui va peu à peu le substituer à son fils. Cette histoire de maternité contrariée, qui croise l’impossibilité de l’histoire d’amour du jeune homme, est l’aspect le plus violent du récit qui dévoile à la fois le racisme anti-arabe que subit le héros et le rêve de reconquête violente des Palestiniens. Le jeune homme est condamné à devenir juif dans une société qui condamne la condition d’arabe à une altérité plus ou moins malveillante. Le cinéaste offre une sortie à son héros par le seul mensonge accessible pour être identifié au même, issue terrible dans un pays construit autour de l’idée de protéger aussi ceux qui se sentant autres que juifs étaient réduits à cette identité par la violence du regard antisémite depuis plusieurs siècles en Europe.

L’enlèvement au sérail de Mozart par Zabou Breitman : captive-moi que je nous sauve

De l’étrange désir des femmes d’être enlevées pour être sauvées d’un homme qu’elles sauveront en ce qu’il croit les sauver, le divin Mozart composa en 1782 un opéra, L’enlèvement au sérail, où une femme au prénom-programme, Constance (porté par la femme du compositeur autrichien) était enlevée par les Turcs avec son amie Blonde, d’où tenterait de les sauver les belîtres Belmonte et Pedrillo.

La tendre cinéaste Zabou Breitman entend délivrer un message de paix avec sa mise en scène de cette histoire généreuse dans laquelle le pacha Osmin finit par délivrer ses captives par honte de devenir aussi barbare que le père du héros, l’espagnol gouverneur d’Oran. L’orientalisme est prétexte à un décor et des costumes flamboyants jusqu’aux somptueuses danseuses orientales Bina et Clélia Sainton manifestement réjouies d’offrir autant de plaisir.

En cette soirée où nous étions l’invité de Nicole Giraud, Frédéric Antoun enrobe parfaitement le grand Aria de Belmonte par lequel Mozart chante à l’oreille de son épouse : “Constance, te revoir ? Oh quelle angoisse, quelle ardeur font battre mon coeur plein d’amour ! Les larmes de joie lorsqu’on se revoit compensent la souffrance de la séparation. Déjà je tremble et je chancelle, Déjà je tressaille et je vacille : le coeur gonflé se soulève ! Est-ce son murmure? Je suis si troublé ! Etait-ce son soupir ? Mes joues s’embrasent ! Est-ce l’amour qui me trompe ? Etait-ce un rêve ?”. La soprano américaine Lisette Oropesa, née à Bâton Rouge, ville chérie de tous les amateurs de polars de Louisiane, excelle dans le rôle de l’ingénue capturée prête à mourir d’amour pour son élégant, et la soprano russe Sofia Fomina s’amuse à jouer les girondes blondes sortilèges du harem.

Zabou Breitman allonge tout au long de l’opéra un homme plongé dans son narguilé et les paradis artificiels en souvenir de son décorateur Jean-Marc Stehlé décédé durant la préparation de l’opéra. Elle s’amuse avec le méchant de l’histoire, Erol Sander en Selim heureux de gouter le vin interdit par son prophète au point d’entamer un tout autre opéra que celui du programme, avant de chuter lourdement dans la fosse d’orchestre (du moins un mannequin à son effigie). Tous les symboles associés selon Edward Saïd à l’orient y passent : “sensualité, promesse, terreur, sublimité, plaisir idyllique, énergie intense”. Et surtout l’art de l’enlèvement, où la femme invite à sa capture pour mieux serrer son homme.


L’Enlèvement au Sérail au Palais Garnier
L’enlèvement au sérail de Mozart, mise en scène de Zabou Breitman, jusqu’au 28 février 2015

Hors pistes 2015 : Le printemps sauvage de Salma Cheddadi, la rive de l’enfant

La cinéaste s’est engagée sur la voie peu empruntée de la manière dont un corps ou plus compose pour faire enfant, non biologiquement bien sûr, cette histoire n’étant pas vraiment née de la dernière pluie, mais sensuellement.

L’ébauche de son long-métrage Le printemps sauvage présenté dans le cadre du Festival Hors Pistes se compose d’images de paysages urbains et de chorégraphies inspirées dues à Marcela Giesche en écho au travail d’Anne Teresa de Keersmaeker. Salma Cheddadi met en scène et filme la chorégraphe sur scène pendant que sa coscénariste Virginie Lauret récite les didascalies du scénario, et que les compositeurs Benoît de Villeneuve et Benjamin Morando dressent le paysage sonore.

Il y est question d’une certaine “George”, pigiste parisienne persuadée d’être mère de l’enfant de ses amis chorégraphes, du Prélude à l’après-midi d’un faune de Debussy et des chansons romantiques de Christophe. George-femme devient garçon le temps d’une chorégraphie comme le personnage de Bunuel qui se dédoublait dans Cet obscur objet du désir. Salma Cheddadi interroge l’obscur objet de la sexuation, qui nous fait entrer sous influence dans un corps social sexué et l’agiter dans le monde.

L’ébauche du Printemps sauvage donne la mesure de l’ambition de la cinéaste qui emmène son récit en plein fantastique avec son héroïne se transformant en bête sauvage et tentant de persuader sans succès son entourage que l’enfant de ses amis est sien. Son modèle est la jeune chorégraphe allemande Marcela Giesche pour la performance présentée à Beaubourg. La jeune femme fusionne avec l’univers de la cinéaste pour laisser émerger le devenir femme-avec-enfant, ou la manière dont un bras se compose avec un autre, un bassin se détend, un cou recherche une main, des lèvres une joue, pour composer le paysage de l’enfantement.

Festival Hors Pistes 2015 au Centre Pompidou jusqu’au 15 février

It follows de David Robert Mitchell : la malédiction sur le sexe

La jeune Jay (Malika Monroe) apprend de son premier partenaire sexuel qu’il l’a contaminé d’une bien étrange manière : elle sera désormais poursuivie par des personnes qu’elle est la seule à voir, et qui en veulent à sa vie. Sa “chance” de survie provient du fait que ses agresseurs marchent, et qu’elle peut s’enfuir en courant ou en voiture jusqu’à leur prochaine apparition.

Le jeune cinéaste maîtrise les codes du film d’horreur appris chez Carpenter, Cronenberg et Polanski : scream and run, crie et cours. Une armée de zombie poursuit l’héroïne post-années sida, persuadée comme ses compagnons qu’une malédiction plane sur le sexe. L’intelligence du film est bien entendu que le ça du titre “ça suit” fait référence à la violence de la pulsion qui “pousse au cul” comme le veut l’expression populaire, et que cette pulsion ne résout ni le désir ni l’amour comme s’en rendent compte les héros à la fin du film après leur première relation sexuelle, finalement pas si différents après qu’avant, simplement devenus adultes et obligés d’être responsables du réel.

 

Hope de Boris Lojkine : l’égalité de la bouche

L’une des plus grandes conquêtes des comédiens noirs africains au cours des dernières années réside dans la mise en scène de leur bouche pour mettre un terme à l’imaginaire colonial qui limitait jusqu’à récemment les possibilités à un grand rictus hilare pour les hommes et un sourire sensuel et accrocheur pour les femmes.

L’impressionnant Hope de Boris Loujkine consacré à la migration d’un Camerounais et d’une Nigériane des portes du Sahara jusqu’en Espagne suit le mouvement des lèvres de deux paumés du monde qui s’accrochent l’un à l’autre en franglais des ghettos de “Tamanrasset” (le film a été entièrement tourné au Maroc) en Algérie à ceux qui jouxtent la frontière de la ville espagnole de Melilla au Maroc qui constitue la porte d’entrée de nombreux migrants en Europe.

Le franglais utilisé pour communiquer redouble leur errance dans des terres hostiles jusqu’à un horizon fantasmé. Léonard (Justin Wang) dépense tout son argent par pitié pour la jeune Hope (Endurance Newton) qu’il force ensuite à se prostituer pour pouvoir sortir d’Algérie. Le film prend alors le parti inverse de Marie Ndiaye qui abandonnait l’une de ses “femmes puissantes” pour permettre à son amant d’arriver en Europe. Le film offre sa chance à la jeune femme sans épargner aucun détail des conditions de vie sordides de ces migrants condamnés à être apatrides au milieu de populations qui les méprisent, les utilisent ou les dénoncent souvent. Regarde la femme noire pleurer crie le cinéaste inquiet du temps qu’il faudra pour que le spectateur regarde ce visage avec autant de tendresse que la Gelsomina de La strada.

Hope Bande-annonce par toutlecine