D’une civilisation fondée sur la répression des pulsions au prix d’un certain malaise, dixit Freud, la cinéaste Salma Cheddadi filme des individus qui suppléent au fait de ne pouvoir avoir de rapports sexuels : une fille et son père dans Hallo Papi, où une jeune Allemande au téléphone avec son père thaï qui ne s’est pas occupé d’elle, surjoue sa sensualité et son autonomie pour combler son manque affectif, deux jeunes femmes en voyage en Thaïlande dans Mangousteens on milk, se jouant des fantasmes masculins véhiculés par la pornographie pour changer la manière dont elles souhaitent être regardées en tant que femmes désirables, une jeune Islandaise qui s’est débarrassée des pères de ses deux enfants pour vivre librement, mais fatalement seule dans un imaginaire peuplé de créatures féériques, dans Sweet viking, ou les deux collégiens boxeurs de 45 centimètres (projeté en ouverture du Festival Côté Court), réduits à se cogner dessus de ne pouvoir s’aimer.
L’exergue annonce la couleur : “45 centimètres, distance limitée par la longueur des membres, la vue est un peu déformée et on note le début d’un contact thermique et olfactif, (…) entrée dans la sphère intime. En dehors de la sphère familiale ou amoureuse, cette sphère n’est pas pénétrée dans un espace social public sans stress ou gêne“. Salma Cheddadi filme la préparation puis le combat de deux jeunes adolescents qui comblent les affres de la croissance par une quête de virilité et de jouissance. La cinéaste filme comme chez Hitchcock l’approche et la joute des deux amis comme un acte sexuel, un corps à corps où l’acte est réussi à condition qu’il n’y ait pas de rapport, comme dans l’acte sexuel dont la réussite veut que chacun jouisse dans sa sphère.
La seule manière de filmer dignement l’outremonde de la société est de se mettre au niveau de la jouissance du personnage (Dans Germinal, Zola décrit la haine du patron de la mine envers ses ouvriers jouisseurs alors qu’il est cocu) et d’éviter la rédemption qui ne véhicule jamais que le discours du maître (combien de films de boxe, de gangsters, de catch, etc., ternis par une fin où le héros rentre dans le rang pour rassurer le spectateur à la vie terne). 45 centimètres est une très belle réussite de cinéma qui élève ses personnages au niveau d’une mythologie contemporaine en filmant l’usage de la violence comme la seule voie d’accès possible à l’intimité pour ses personnages.
Palmarès du Festival Côté Court de Pantin
45centimetres from Festival Côté court on Vimeo.








